Affichage des articles dont le libellé est Citronnelle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Citronnelle. Afficher tous les articles

mardi 20 avril 2010

Ecrire à Butembo - Chapitre 7 - Repérage - Tika ngai na loba eeeh ! Tika ngai na panza oooh !

Didier de Lannoy
Butembo
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008

Extraits

Repérage

Tika ngai na loba eeeh ! Tika ngai na panza oooh !


- Toke na Bloc !

On tourne à droite (venant du pont Makelele). On passe devant le Bloc. Lentement. Beaucoup de monde. Pas de

- Délestage, douchka ?

- Black out total, petite chérie !

lumière. Pas de place non plus pour garer la bagnole. On hésite, on hésite et… finalement, après avoir rôdé du côté de la maison communale de Bandal… on se retrouve au

Mate

« salle de fête » du quartier Kimbondo. Excellentes sélection de disques mais les baffles couvrent difficilement le bruit

- Une énorme machine, petite chérie ! Bruyante comme un moteur de camion militaire grimpant les collines du Masisi !

du groupe électrogène. Et ça rajoute un sacré instrument à l’orchestre.

Peu de clients.

Peu de lumière aussi. Mais quelques

- Evidemment, douchka ! Tu pouvais t’y attendre, non ?

allumeuses et, notamment

- Vêtues d’une manière indécente en vue d’ « exciter la susceptibilité » des hommes, douchka ? S’élargissant les yeux au crayon noir ? Portant une jupe fendue, une mini-jupe ou une robe courte, collante et décolletée ? Ayant enfilé une mini-brassière qui couvre à peine le haut de leur poitrine et retient difficilement leurs seins

- Meuuuunon, petite chérie !

Pétronille, en jogging, que NCJ me dit avoir déjà rencontrée (avant, ailleurs, dans d’autres circonstances, à d’autres occasions, etc). Et aussi Citronnelle, en jeans moulants, bien tournée, bien balancée, bien baraquée, qui s’impose

- Je me demande quand même, petite chérie, si, celle-là, ce n’est pas NCJ, mon neveu, qui me l’a « envoyée » (Pour mon Papaaa !)…


Je ricane comme l’infâme que je suis.

- Ouais, je vois ça d’ici, cadeau payant, quoi ! Et je devrai sans doute aussi verser une commission à mon « fils »… pour bons et loyaux services ? Lui financer son « coup », peut-être ?

- Parano, va !

- Pas si sûr que ça, petite chérie, pas si sûr…


Et donc, petite chérie, je me demande ce n’est pas lui qu’il l’a invitée à s’asseoir avec nous…

à notre table et qui toute de suite se déclare et qui

- Elle « surjoue » (comme dirait Lianja) !

- Puis-je vous faire observer, Madame, que vous renversez les rôles et que si l’on se réfère au prescrit de toutes les coutumes et toutes les religions, c’est au mâle qu’il revient normalement de sélectionner ses partenaires sexuels… et de


Muka, alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », s’énerve.

- Arrête Douchka ! Tu es un abominable macho ! Si j’avais su ça avant (et également que tu pétais au lit et que tu mangeais aussi mal à table), je n’aurais jamais accepté de t’épouser ! Tu as bien caché ton jeu !

- C’était pour rire, petite chérie ! J’rigole (comme dirait Lianja)…


chasser les femelles solitaires, enragées, divagantes, aguichantes, folâtres et dissipées qui cherchent à se faire féconder (pour mieux piéger le mâle sans défense) et le harcèlent en vue d’une copulation, à des fins (dont on peut raisonnablement supposer qu’elles sont d’ordre mercantile et/ou reproductif), non sincèrement et loyalement discutées entre partenaires consentants… dans le cadre d’un union à titre précaire qui ne sera probablement jamais portée à la connaissance des familles… ni des autorités coutumières, civiles, militaires, judiciaires et ecclésiastiques… ni de la société civile, de la Monuc ou de la Communauté internationale…

m’aiiiiiiime et

m’aimeuuuuuu et qui s’étonne encore

- Je t’aime et tu ne m’aimes pas !

- Comment tu t’appelles ?

- Citronnelle !

- Mais oui, Citronnelle, bien sûr que je t’aime…

- Mais moi, je t’aime trop et toi, tu ne m’aimes pas assez, pourquoi ?

- Laisse tomber, Citronnelle, je suis marié, j’ai cinq enfants et déjà sept kokos ! Et mon épouse s’appelle Ana, alias « Muka », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique » !

- Oui, mais elle est encore à Bruxelles et, toi et moi, ce soir, nous sommes à Kinshasa…

- Mais voyons, Princesse, ne vois-tu pas que je ne suis plus, à présent, qu’un vieux yoghourt dont la date de péremption est expirée depuis longtemps ! Nakomi mubange, Princesse ! Je ne suis pas un jeune et joli chasseur…

Et qui continue de s’étonner.

- Pourquoi tu ne danses pas avec moi, Chéri na nga ? Essaie ! Okoningana, tu vas bouger ! Kipe ya yo, Lidusu, Nzoto na nzoto, Sens interdit, Danger de mort… Que demande le peuple ? C’est quoi ton problème ?

- Nayebi kobina te !

- Tu ne danses pas et tu ne parles pas non plus ! Pourquoi tu n’es pas assez bavard, Chéri na nga, pourquoi tu ne me dis presque rien ? Tika ngai naloba eeeh ! Tika ngai napanza oooh ! Eloko eleki diamant, yango oyo !

- Nalobaka lingala te !


Ma fille Nadine me mordille gentiment les mollets.

- Comment ça, papa, tu as vécu près de 27 ans au Congo et tu ne parles même pas le lingala ?

- Ben non !

Tu ressembles à un de ces vieux Sénégalais qui ont passé toute leur vie à Paris et ne parlent pas le français… Mais qui ont quand même un certain nombre d’amis français… qui, eux, sans doute, parlent le wolof ?

- Ben oui ! Faut croire !

Affectueusement kaka ?


Je n’aime pas (du tout) les princesses. Je ne danse pas (du tout) avec elles… mais je bois, je fume, je bois et je leur offre quand même à boire. Et je leur pose aussi quelques

- Par politesse, correction, civilité, petite chérie ! Pour la bonne forme, quoi ! Faire preuve d’urbanité, respecter les convenances et entretenir la conversation, quoi ! On m’a appris ça quand j’étais jeune !

questions et j’apprends ainsi que Citronnelle

- Elle dit ça pour te mettre en confiance, te rassurer, douchka !

a, elle-même, vingt-quatre ans (et

- Ça tu l’as découvert tout seul, douchka ! Elle n’a certainement pas eu besoin de te le dire !

un ventre bien coussiné et un cul bien rebondi) et

- Dois-je porter à sa connaissance, par simple courtoisie, qu’elle ne les fait vraiment pas, petite chérie ?

deux lardons, dont un grand garçon de treize ans, déjà très actif et qui pourrait bientôt la rendre, elle aussi, grand-mère et que rien, dès lors, ne s’oppose à notre union et

- Ainsi donc, la jeune et jolie princesse ne m’a pas attendu ! Et Citronnelle se révèle, finalement, n’être qu’une jeune et jolie femme d’occasion une sainte vierge de seconde main ! J’ai été odieusement abusé, petite chérie ! Je suis arrivé trop tard ! Elle a déjà été aimée ! Dès l’âge de dix ou onze ans, m’a-t-elle dit ! Elle a fait des « makambo ya salité » avec un infâme griffon à trois têtes, pasteur, sous-officier de la police spéciale de roulage et, en même temps mais pas aux mêmes heures, enseignant pédophile à l’école primaire Saint Ngampani, sur l’avenue Kingasani II, au quartier Kimbanseke, dans la commune de Kizito ? a-t-elle tenu à préciser…

qu’elle habite à présent Bandalungwa mais qu’elle est quand même restée

- C’est bien là que je suis née, chéri na nga ! C’est là que j’ai grandi !

une « Mwana ya Yolo »… Mais elle cherche, de toute évidence à m’embrouiller : depuis quand les « enfants de Kalamu » fréquentent-ils une école primaire de la périphérie ? Vigilance !

Plus d’argent. Plus de budget. Pas de crédit. On rentre à la maison. On fait semblant d’être appelé sur le portable. On laisse tomber

- Un coup de téléphone du bureau ! Un travail urgent à terminer ! Il faut qu’on y aille tout de suite !

nos bièreuses de la nuit (dont, après tout, nous n’avons qu’entrevu les profils et frôlé du regard les rondeurs) et on leur promet

- Quand ça ?

- Demain soir !

- Où ça ?

- A Butembo !

- Wapi ?

- J’rigole ! Au Bloc de Bandal, je voulais dire !

- A quelle heure ?

- Entre 17 heures et 18 heures ! Quand il fait encore jour !

de les reconnaître à la lumière du jour. On ment, bien sûr. Mais nous croit-on vraiment ? Et, de toute manière, ces demoiselles n’ont sans doute rien à m’apprendre sur Butembo ?

Un mot quand même, avant de partir, sur les pissotières du Mate. Elles sont

- Fabuleuses ! Plus de trente mecs (tous les machos de deux minibus remplis de séminaristes, de matous, d’étalons, de boucs, de béliers ou de verrats qui se retiennent d’uriner depuis l’angélus du matin) pourraient y vider leur vessie ! Tous en même temps ! Ensemble ! Alignés sagement, face au mur de porcelaine, tête baissée, concentrés et silencieux ! Et puis se secouant le tiche, se réajustant, se signant, se remettant à bavarder et à plaisanter !

- Deux minibus de séminaristes en train de pisser en chœur dans un dancing de Bandalungwa ? Des étudiants jésuites de la faculté philosophique saint Pierre Canisius ayant perdu le chemin de Kimwenza, suite à la rupture de la route de Kindele ? C’est quoi ce nouveau fantasme, douchka, tu m’inquiètes ? Mais, dis-moi quand même, les toilettes pour femmes, comment ça se présente au Mate ?

- Je n’en sais rien, petite chérie ! Je n’y ai suivi personne !

propres et fabuleuses…

La prochaine fois, on ira boire, fumer et pisser à l’hôtel Salama. On y trouvera peut-être des traces de Fiston Nasser Mwanza, alias « Finamwa » ?

Et puis je me rappelle que, dans le temps, on servait à manger

- Sur commande kaka !

des bisamunyu à l’hôtel Salama (la patronne les enfermait à clef, dans une remise, comme un bien très précieux, auquel même le personnel de cuisine ne pouvait pas accéder sans son autorisation expresse).

Sans doute, avec un peu de chance, pourrai-je y rencontrer des gens de Butembo ? Ne disait-on pas, avant, que l’hôtel Salama était un endroit où tous les Kivutiens aimaient se retrouver ?


Ecrire à Butembo - Chapitre 9 - Au bord du fleuve, sans me noyer - Sens interdit !

Didier de Lannoy
Butembo
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/




Au bord du fleuve, sans me noyer

Sens interdit !


Petite fête à Kinsuka. L’anniversaire de Katikia.

Le jardin de Maman Azanga donne directement sur le fleuve.

Chez les Azanga on est déjà à l’Est du pays, non ? Au Maniema et même au Sud-Kivu, non ? Et ainsi commence-t-on à se rapprocher tout doucement de Butembo, non ?

Le fleuve fronce les sourcils, plisse le front, serre les dents, gronde, grogne, feule, meule, bout, broie, moud, concasse, bouillonne, malaxe, rauque, rugit, barrit. Des barrages de pierres gigantesques (dressés par des féroces prétentieux et des géants méprisants) essayent d’en arrêter le cours, tentent d’en soumettre ou d’en briser la puissance, se cabrent, font saillir leurs muscles, s’entêtent, s’obstinent, enragent, souquent, s’arc-boutent. En vain. Aucun roc, aucune roche, aucun rocher ne pourra jamais s’opposer au passage en force du Congo. Le fleuve-pays parviendra toujours, tôt ou tard, à rompre ses liens et à libérer son énergie.

On me demande si Kinshasa

- Première voix : l’Exodus est devenu une clinique1 et Tshibangu une pharmacie !

- Deuxième voix : ainsi donc tout n’est pas négatif, dans le changement ?

- Première voix : ça dépend de l’interprétation… peut-être les problèmes de santé se sont-ils aggravés ?

a bien changé

- Mais Skol est toujours là, douchka ? Et le ciment de Lukala aussi ?

- « Matisa pression » et « Mabele ya mboka », oui ! Mais certaines choses évoluent quand même, petite chérie ! Une nouvelle équipe de football féminin vient d’être créée dans la commune de Ngaliema : « Les Griffes du Tigre de Kimbwala » !

- Douchka, tu n’es qu’un galopin, un farceur, un fumiste !

- M’enfin, petite chérie…

depuis mon départ, il y a plus de dix-sept ans…

Moi, je raconte l’histoire de la camionnette « le Congo, mon pays ». Celle que j’ai « photographiée » dans ma tête, au bord de la route, entre le rond-point Ngaba et le Mont-Ngafula, à droite, peu après la route qui, sur la gauche, mène au CNPP et au campus…

Mais ça ne fait rigoler personne. Peut-être l’ai-je mal racontée, mon histoire ? Peut-être n’ai-je pas trouvé les mots qu’il fallait ? Peut-être est-elle injuste et mensongère, mon histoire ? Et, sans doute, les gens n’y reconnaissent-ils pas le Congo, leur pays ?

Dois-je me rappeler la fable du taximan, en panne de démarrage, que m’a contée Nadine, alias « Gododo » ?

De toute manière

- Qu’est-ce j’en sais, moi ! De quoi j’me mêle, moi !

mieux vaut ne pas se prononcer sur la situation actuelle du pays alors que je ne la connais pas et que je viens à peine

- Nawuti Mpoto ! Nakomi « vrai mupaya » ! Nayebi eloko moko (lisusu) te !

de débarquer. Je préfère, pour le show, rapporter les commentaires (les médisances, les imprécations, les anathèmes, les verdicts

- Mobutu abebisi, Kabila asikisi !

ou les oracles ?) de la vieille maman

- Plus de quatre-vingt balais ! Mais toute sa tête ! Et quelle sacrée bouche, cette maman-là !

d’Antoinette Safu Mbakata à propos des régimes politiques antérieurs2. Ils remportent toujours un franc succès. Quel que soit le public. Et pas seulement chez les militants de l’UDPS…

Après le fleuve tourmenté de Kinsuka, le fleuve paisible (mais rongeant son frein, commençant à fermenter, rassemblant ses forces, frémissant sourdement et se préparant à bondir...) de Maluku.

Je m’y rends

- A l’invitation de Michel, semble-t-il, le chauffeur du CWB et aussi, semble-t-il (rien n’est clair mais on y va quand même), de Frédéric !

le lendemain de la petite fête organisée chez Maman Azanga.

Avec Ya Nze, Françoise De Moor, Frédéric Jacquemin, José Bau (ça se prononce « bahut »), NCJ et, bien sûr, Michel.

Je suis plutôt déçu… Je croyais

- Si j’avais su ! De ma propre initiative, je ne me serais sans doute jamais (au « Petit Paradis », un nganda maboke « De Luxe », situé au bord du fleuve et dont les clients sont tous des propriétaires de 4x4 ou, à la rigueur, de Mercedes : Bulankos, Nebalis et RD Congolais friqués) montré dans un endroit pareil ! Mais il faut quelquefois faire un peu d’anthropologie, non ?

que Michel nous amenait ailleurs, en famille ou chez un de ses amis, un fermier (ça ne manque pas) des environs de Maluku… Et qu’on nous y attendait… Et qu’on nous y avait préparé à manger… Et qu’on allait nous servir du vin de palme et du lotoko…

C’était un dimanche. Dans l’après-midi.

Compte tenu des embouteillages qui ralentissent considérablement le trafic automobile sur les principales artères de Kinshasa, c’est, manifestement, le dimanche que tout le monde devrait circuler et aller au travail dans cette immense ville-province dont la population a certainement doublé et, peut-être, triplé depuis mon départ, il y a dix-sept ans.

Il y a beaucoup moins de voitures, ce jour-là, non ?

Et Citronnelle ?

Pas revue, la princesse plantureuse. Evidemment. Mais elle harcèle NCJ

- Mais comment donc ce connard de neveu a-t-il pu lui laisser son numéro de portable à cette jeune demoiselle ? Seraient-ils complices ?

de coups de téléphone.

- Réseau ezali ?

- Ezali !

Partout. Dans toute la république.Même ici, à Maluku.

Elle m’attend ici. Elle m’attend là. Elle m’attend à Bandal ou ailleurs. Elle continue de m’attendre. Elle m’a même

- Ça c’est un vrai coup de foudre, petite chérie, non ?

- Assurément, douchka !

préparé du mfumbwa… et du tangawisi ! Quoi faire ? L’effrayer…. Invoquer

- Ça n’arrête pas de puruler et de suinter, Princesse… et de s’écouler, goutte à goutte, comme du miel gluant et malodorant ! Je me suis chopé un rhume du sexe, peut-être ?

une chaude-pisse chronique et même un sida que je soignerais en me trempant le zizi dans un antiseptique, la mettre sérieusement en garde

- J’ai complètement oublié d’emmener mes capotes lubrifiées au chrème et parfumées au fruit de la passion, Princesse ! Excusez ngai, limbisa ngai ! Je les ai laissées à Bruxelles !

- Sans effet, Chéri na nga !

se prévaloir d’un mal de tête, d’un accès de paludisme, d’une crise d’énurésie qui m’oblige à porter des couches-culottes

- Une crise d’« énu » quoi ? Ça, je trouve que c’est quand même inquiétant, Chéri na nga ! Il faut que tu m’expliques bien ! C’est la maladie des eunuques ou quoi ?

- Mais non, Princesse, l’énurésie est simplement une « tendance à faire pipi au lit », si tu vois ce que je veux dire… A un âge « où la propreté est habituellement acquise », si continues de voir ce que je veux dire…

- Ah, ce n’est que ça ! Sans effet aussi alors, chéri na nga ! Ta couche-culotte je peux toujours te l’arracher (et en profiter pour te shampouiner les cacahuètes et les rognons, vite fait !) et te la remettre ensuite, après la « faisance »… Pour le pipi, c’est plus gênant, bien sûr, mais il y a toujours moyen de s’arranger, non ? Du moment (peut-être que le sèche-cheveux de ma copine Pétronille pourrait faire l’affaire ?) qu’on s’aime, non ?

d’une opération de la prostate, d’un vœu de chasteté ?

- Et si je te disais, Princesse, que je n’aime pas (je l’adore !) le mfumbwa ? Et que manger du mfumbwa, ça me donne l’impression (comme le dirait Muka, alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », alias « Petite chérie » qui se marre et refuse de se porter à mon secours… mais je ne partage absolument pas son point de vue en ce qui concerne le mfumbwa !) d’avaler des lames de rasoir ?

- Sans effet, Chéri na nga ! Je te prépare de la salade, un steak et des frites-mayo, si tu préfères…

Je soumets le « problème » à Ya Nze (toujours accablé par la crise de malaria qui le mine depuis le soir

- Anastase Nzeza Bilakila a été la première personne à m’accueillir au Congo, lors de mon arrivée, en 1964 ! Il aura été, aussi, mon premier éditeur à Kinshasa, à « Présence Universitaire » ! Il sera également (lui et Marie Tumba, Nono Tala-Ngai, Emmanuel, Salumu, Anselme, Gaëtan, etc) une des toutes dernières personnes à nous dire au revoir lorsque nous quitterons le Congo « définitivement », tous ensemble (sauf le chien, Ndumba et la voiture, Pénélope), en 1990, à la fin de mon contrat ! Et voilà qu’il est encore, de nouveau, le premier à m’accueillir, en 2007, à mon retour ! Nzeza, l’homme de toutes les fidélités, le « citoyen » intègre aux amitiés indéfectibles, le « combattant » déterminé qui ne cessera jamais de lutter pour un avenir meilleur !

- Le « citoyen », douchka ? Tu retardes…

- Mais le mot existe, non ? Avec tout son sens… Quelque soit l’usage que le régime de Mobutu en ait fait, petite chérie !

de mon arrivée), à Michel et à José Bau. Ya Nze fait semblant de ne rien entendre. Mais les gloussements et les éclats de rire des deux derniers cités et

- Elle aura sûrement réponse à tout ! C’est la crise, non ? Refuserais-tu de te porter au secours d’une jeune femme dans le besoin ?

leur avis circonstancié sur la question n’ont rien d’encourageant.

Une murène venimeuse « enamourée » me guette donc à Bandal, prête à se jeter sur

- Comme un serpent félin sur un crabe engourdi !

sa proie.

Faudra-t-il donc que j’aille me péter la gueule ailleurs ? Qu’en pensera Bibish Mumbu qui, à son retour des Etats-Unis, doit encore

- Rendez-vous au Bloc, Vié !

- Dans quel sous-bloc te trouve-t-on le plus souvent, Bibish ? Au nganda Idolo, chez maman Coco, plus loin ? Et si on allait plutôt manger du cabri de l’autre côté de l’avenue, Bibish, dans les nganda ntaba installés juste à côté de Michaël Cosmetic, non ?

me présenter son quartier et m’emmener

- J’avouerai d’abord à Bibish (que je ne me rappelle pas avoir jamais accompagnée dans un bistrot, ni dans une église, ni dans une salle de spectacle) souffrir de deux handicaps, liés, sans aucun doute, à l’âge : mon oreille gauche, complètement fanée, qui m’oblige (sauf si je me tords le cou) à m’asseoir à sa gauche et ma « prostate » qui m’impose des pauses pipi régulières ! Ça mettra un peu d’ambiance !

- C’est comme ça que tu dragues, douchka ?

- Ben oui, petite chérie ! Ce n’est pas comme ça qu’on fait… cartes sur table, non ?

- Eh bien, bonne chance, douchka ! Je te souhaite plein succès dans ton entreprise ! Bibish te connaît un peu et doit (hélas ! j’ai honte ! je suis quand même ta femme, non ?) savoir à quoi s’attendre avec toi (elle a déjà dû, sans doute, se taper l’un ou l’autre de tes grossiers et grimaçants grimoires) mais je doute que Kabibi apprécie !

boire quelques verres de bière avec Kabibi, un de ses principaux personnages et une de ses meilleures amies ?

Etumba ya basi, kokota te ?

Aurai-je enfin la paix à Butembo ? La princesse Citronnelle, gonflée d’amour, qui ne prend

- Je suis une fille naturelle, moi !

jamais rien, ni contraceptifs, ni préservatifs

- Je suis pure, moi !

au sexe affable, douillet, satiné, velouté, indulgent, suave, moelleux, soyeux, liquoreux, duveteux mais

- Que Maliq et Filip me rassurent, petite chérie ! Est-il bien certain que ce genre de liane-boa ne pousse pas en altitude et qu’on ne trouve nulle part (même dans les boîtes de conserves en provenance d’Ouganda, du Kenya, de Dubaï, de Chine ou d’Afrique du Sud !) de mfumbwa à Butembo ?

aussi glauque, fangeux, gadouilleux, obscène, agrippant, volubile et carnivore, continuera-t-elle à m’y poursuivre de ses ardeurs sulfureuses et voudra-t-elle que je la fasse rire aussi là-bas ?

Aaah, Anaaah, Anaaaaaaaah !

Mukaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Pourquoi donc m’as-tu abandonné ?

Pourquoi m’as-tu envoyé tout seul au Congo ? Pour que

- C’était urgent, douchka, non ? Tu n’y mettras peut-être jamais plus les pieds ! Et aussi longtemps que tu as tous tes esprits (aussi tordus soient-ils), il vaut mieux que tu en profites ! C’est une dette, non ? Tu dois bien ça à tes vieux amis ! Et à tous ceux qui t’ont adoubé !

- Mais tu n’aimes pas ce que j’écris, petite chérie !

- Ce n’est pas une raison, douchka !

j’écrive enfin un texte sur Kinshasa ? Pour me mettre à l’épreuve et

- Tordue que tu es, petite chérie !

- Mais pas autant que toi, douchka !

que j’affronte une jeune et jolie princesse de bar et (c’est pas gagné ?) que je sorte vainqueur d’un combat contre la fille préférée de Satan ?

1 Et l’hôtel Inga (côtes de porc, pommes de terre frites, et salade verte tous les jours et à toute heure), en face de Chéri Samba Maison Mère (CSMM) aussi …

- Aussi quoi, douchka ?

- Un centre hospitalier de référence !

2 Ça vaut bien les sarcasmes du n° 633 du 12 décembre 2007 du « Manager Grognon » (se définissant comme un « Journal satirique paraissant à l’improviste ») laissant entendre que la classe politique actuelle souffre de « Paludisme » et de « Kabilharziose » ! La presse kinoise a acquis, par rapport au pouvoir politique, une évidente liberté de ton et un « droit à l’impertinence » parfois étonnant ;



Ecrire à Butembo - Chapitre 14 -Journée morte, journée de pause (sans crédit téléphonique ni moyen de déplacement), j’en profite... Faux moto !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/





Journée morte, journée de pause (sans crédit téléphonique ni moyen de déplacement), j’en profite pour mettre un peu d’ordre dans mon texte, huiler des rouages et serrer des boulons, à la maison, dans la chambre, sur le lit, presque à poil

Faux moto !


Princesse Citronnelle

- Un personnage de moins à gérer ! Ça risquait de devenir très compliqué : des prestations à accomplir certainement, des arrhes à verser sans doute…

a, certes, été virée

- Par un salaud !

comme une salope, après une dizaine de pages seulement

- Oui, mais elle prenait trop de place, petite chérie ! Une place dont elle n’était pas digne, qu’elle ne méritait pas…

- Quoi donc, douchka, tu embauches une bonne femme, une Citronnelle ou une Pétronille (où vas-tu chercher des blazes pareils, des noms de scène, d’eau pétillante et de ngeli-ngeli ? je parie qu’elles s’appellent Mamie et Claudine, comme tout le monde, non ? tout comme la copine de ta copine Bibish ne s’appelle sûrement pas Kabibi ?), uniquement pour faire de la figuration, mettre des petites aubergines et du pili-pili entier dans tes préparations fadasses ? Tu les embauches et puis tu la jettes ?

- D’abord, Citronnelle, ce n’était pas moi, petite chérie ! Je n’y étais pour rien ! Ni demandeur, ni preneur ! C’était sûrement NCJ qui avait monté le coup avec Pétronille pendant que j’étais aux toilettes (et quelles toilettes !) ! Ensuite, je ne l’ai même pas « embauchée » comme tu dis !

- Et c’est NCJ aussi, j’imagine, qui a dit à Citronnelle que tu aimais bien le mfumbwa ? Il ne faudrait pas que tu continues à me prendre pour une idiote, douchka !

mais que deviennent à présent certains autres comparses et appariteurs, bien boutonnés, tout à fait remarquables, sortant du lot, pleins d’avenir : NCJ lui-même

- Encore un peu de patience ! La punition de NCJ n’est pas tout à fait levée ! Et mes lecteurs doivent se faire à l’idée que je ne suis pas complètement maître (ça m’arrange plutôt bien, eh !) de mes paroissiens… de ce qu’ils pensent, de ce qu’ils font et de ce qui leur arrive ! Je suis plutôt à leur merci ! Je les suis et ils me précèdent !

et, bien sûr, Cédric, le petit bouchon, le petit bout’chou, le petit chouchou, celui que tout le monde préfère ?

Cédric tient toujours bon. Il résiste à tout.

Ce personnage-là ne peut normalement pas (à moins d’un problème grave) disparaître subitement. Il passe tous les jours à la maison.

Nadine, alias « Mamounet », alias « Mima », aime discuter avec Cédric. Elle s’assied sur une marche et lui pose de petites questions auxquelles Cédric prend plaisir à répondre, timidement, en souriant d’un air embarrassé et en se torturant l’avant-bras gauche. Elle lui demande ce qu’il veut être plus tard.

- Mécanicien, soldat, chauffeur de taxibus, pompiste ?

- Te !

- Même pas chanteur, comme « Kotazo » ?

- Teee !

- Quoi alors ?

- Mokonzi !


Ecrire à Butembo - Chapitre 25 - A l’attaque - Mortel combat !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008

Extraits


*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/



A l’attaque

Mortel combat !


Bon, 18 heures quart, l’heure des moustiques, des ngembos (Citronnelle et Pétronille), des chauves-souris, il est grand temps

- Sinon Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », va me botter le train !

de passer à l’attaque, de se bouger le cul et de frapper à la porte des gens. Opération volontariste, quasi-militaire… très rondement menée.


Avant de partir (alors que Papa Antoine achève de manger sur la terrasse arrière), j’entends parler de la rumeur du jour, celle qui court : il y aurait eu une « bousculade »

- Cela fait-il aussi partie du « Chaos Management » dont nos frères Nebalis sont, paraît-il, très friands ?

devant la boulangerie qui fabrique le « pain Victoire » (appelé aussi « kanga journée » !), au croisement Huileries-Kabinda… Il y aurait eu des morts… parmi les Mama ya mapa… ou parmi les travailleurs de l’usine ?

Ne pas oublier de lire la presse demain !

Pas évident, cependant… La « liberté de ton » s’accommode difficilement des problèmes de déplacement… Et l’incident qui s’est produit à Kingabwa entre les policiers et les « Monuc » n’a, semble-t-il, été rapporté nulle part.

A-t-il seulement eu lieu ?

Même pas sûr…

Vérifications faites, il semblerait d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu réellement de « bousculade » au croisement Huileries-Kabinda devant la boulangerie « Victoire » mais plutôt un accident dans lequel serait impliqué un camion effectuant des livraisons de pain chez les dépositaires.

Et l’affaire de Kingabwa ?

J’ai rencontré

- Tu n’oublieras pas de faire un gros bisous à Anaya ! De la part de Muka et, bien sûr, de Papa Didier !

Ya Nze tout à l’heure. Il m’a dit ne jamais avoir entendu parler d’un incident quelconque ayant opposé, ces derniers jours, des policiers et des « Monuc » Pourtant d’autres personnes, travaillant également à Kingabwa, certifient avoir perçu des coups de feu… Dans une ville aussi vaste que Kinshasa, les rumeurs ne sont pas toujours faciles à gérer…


Allons réveiller (entre 18 et 19 heures, c’est le bon moment, non ? tout le monde est déjà rentré et personne n’est encore sorti, non ?) Chéri Samba et Bibish Mumbu.

D’abord la « cible » la plus éloignée : Chéri Samba, au croisement de l’avenue Kasa-Vubu et de Birmanie… Bibish j’essayerai à mon retour, sur le chemin de Kintambo…

Evidemment, le maître n’est pas là ! Fulgence me dit que Chéri Samba a voyagé

- Samba est en Europe depuis déjà longtemps…

- Depuis quand à peu près ? Novembre ?

- Depuis le mois de mai !

mais, quand je lui parle de Philda et de Kitokimosi, Fulgence se rend compte que je connais bien Samba, me presse d’entrer et de rédiger

- Avec l’adresse et le numéro de téléphone !

une petite note…

- Eeeh ! Le gredin serait-il quand même à Kinshasa et y jouerait-il à l’homme invisible, petite chérie ?

On verra bien… selon que

- Et dis-toi bien, petite chérie, que je ne suis pas parano, je me « contextualise » !

Chéri Samba (ou, Philda, son épouse) me téléphone... ou ne me téléphone pas…

Attaquons Bibish à présent, la retranchée !

Effectivement, Bibish n’est pas chez sa mère mais squatte

- Où ça, douchka ?

- Je ne te dirai pas où, petite chérie ! Je ne donnerai son adresse à personne !

- Même à in Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones » ?

- Surtout pas à lui, petite chérie, mon Rival ! Bibish fait comme si elle n’était pas là, comme si elle n’allait pas rentrer à Kin avant janvier, elle ne répond pas au téléphone, elle a le blues, son mari lui manque (il l’a accompagnée pendant presque toute sa tournée américaine, de Philadelphie à Seattle… et puis ils ont dû se quitter), ses voyages l’ont fatiguée, elle se repose, elle décompresse… Ses sœurs la coiffent, Papa Léonard assure sa sécurité, elle est très bien comme ça… Je ne vais quand même pas la trahir !

ou « garde » momentanément la maison de son frère, au fin-fond de Makelele, dans un très joli petit square arboré, assez loin du Kasa-Vubu, de son trafic et de ses clameurs…

Bibish m’invite

- M’enfin, Bibish, tu sais bien, pourtant, que je déteste la culture et tous les « cultureux » ! Que ces « précieux ridicules » (ces « grosses bites » molles, suffisantes et dindonnisantes, coquettes comme des cocottes et méchamment jalouses les unes des autres, a dit un jour une personne qu’In Koli Jean Bofane et moi nous apprécions particulièrement) me font profondement chier…

à assister à un spectacle, dans son quartier, à l’espace « Les Béjarts »

- Mais non, Vié, ici ce ne sera pas la même chose » ! Et d’ailleurs, c’est « Papy » qui organise ça ! Papy Maurice Mbwiti, tu te souviens de lui, tu l’as rencontré à Bruxelles ?

- Donne toujours les coordonnées du truc, on ne sait jamais, ça pourra toujours servir !

Elle-même y lira des textes.

Une petite sœur de Bibish (sans doute fait-elle partie de la troupe et du spectacle ?) me refile tous les renseignements utiles et j’en prends note, très rapidement… et très approximativement : pharmacie Tshibangu, rue Maduda, puis à gauche la rue Lubuzi et c’est là-bas, tout au fond, près du marché Synkin, à côté du parking Mandungu, n°52-60 …

- Je ne promets rien, ça ne dépend pas de ça moi, mais du « transport »… Si je n’ai rien promis et que je débarque quand même, je suis un vrai cadeau … tandis que si j’ai promis et que je ne viens pas, je suis une horrible merde, non ?

Et, comme on pouvait le prévoir, avant de rentrer

- Courant ezali ?

- Ezali !

à la maison, Papa Antoine et moi allons boire une avant-dernière puis une dernière bouteille au New Tic-Tac (alias « Terrasse Bienvenue »), à côté du poste « Cimetière de Kintambo » de la police spéciale de roulage.