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mardi 20 avril 2010

Ecrire à Butembo - Page de couverture

Didier de Lannoy

alias « Vieux ba Diamba »


Ecrire à Butembo

« On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop peut-être ? »


Compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa

Suivi d’un conte ampliatif, pas du tout pour enfants, « La princesse et le chasseur »




Ces textes ont été écrits à Kinshasa, entre* le 23 novembre 2007 et le 11 janvier 2008

pour et/ou avec le concours, notamment, involontaire ou complice, de (dans l’ordre alphabétique des « prénoms », comme il se doit) :

Abdou Maliq

Anastase Nzeza Bilakila, alias « Ya Nze »

Anaya

Bibish Mumbu

Cédric

César Lumbu, alias « Qui Saura »

Citronnelle

Clément Ndjoli Junior, alias « NCJ »

Filip De Boeck

In Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones »

Jean-Pierre Kabeya Nyonga

Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique »

et notre fille cadette, Nadine, alias « Gododo », alias « Petit Bal », alias « Mère Courage »



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Ecrire à Butembo - Chapitre 9 - Au bord du fleuve, sans me noyer - Sens interdit !

Didier de Lannoy
Butembo
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

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Au bord du fleuve, sans me noyer

Sens interdit !


Petite fête à Kinsuka. L’anniversaire de Katikia.

Le jardin de Maman Azanga donne directement sur le fleuve.

Chez les Azanga on est déjà à l’Est du pays, non ? Au Maniema et même au Sud-Kivu, non ? Et ainsi commence-t-on à se rapprocher tout doucement de Butembo, non ?

Le fleuve fronce les sourcils, plisse le front, serre les dents, gronde, grogne, feule, meule, bout, broie, moud, concasse, bouillonne, malaxe, rauque, rugit, barrit. Des barrages de pierres gigantesques (dressés par des féroces prétentieux et des géants méprisants) essayent d’en arrêter le cours, tentent d’en soumettre ou d’en briser la puissance, se cabrent, font saillir leurs muscles, s’entêtent, s’obstinent, enragent, souquent, s’arc-boutent. En vain. Aucun roc, aucune roche, aucun rocher ne pourra jamais s’opposer au passage en force du Congo. Le fleuve-pays parviendra toujours, tôt ou tard, à rompre ses liens et à libérer son énergie.

On me demande si Kinshasa

- Première voix : l’Exodus est devenu une clinique1 et Tshibangu une pharmacie !

- Deuxième voix : ainsi donc tout n’est pas négatif, dans le changement ?

- Première voix : ça dépend de l’interprétation… peut-être les problèmes de santé se sont-ils aggravés ?

a bien changé

- Mais Skol est toujours là, douchka ? Et le ciment de Lukala aussi ?

- « Matisa pression » et « Mabele ya mboka », oui ! Mais certaines choses évoluent quand même, petite chérie ! Une nouvelle équipe de football féminin vient d’être créée dans la commune de Ngaliema : « Les Griffes du Tigre de Kimbwala » !

- Douchka, tu n’es qu’un galopin, un farceur, un fumiste !

- M’enfin, petite chérie…

depuis mon départ, il y a plus de dix-sept ans…

Moi, je raconte l’histoire de la camionnette « le Congo, mon pays ». Celle que j’ai « photographiée » dans ma tête, au bord de la route, entre le rond-point Ngaba et le Mont-Ngafula, à droite, peu après la route qui, sur la gauche, mène au CNPP et au campus…

Mais ça ne fait rigoler personne. Peut-être l’ai-je mal racontée, mon histoire ? Peut-être n’ai-je pas trouvé les mots qu’il fallait ? Peut-être est-elle injuste et mensongère, mon histoire ? Et, sans doute, les gens n’y reconnaissent-ils pas le Congo, leur pays ?

Dois-je me rappeler la fable du taximan, en panne de démarrage, que m’a contée Nadine, alias « Gododo » ?

De toute manière

- Qu’est-ce j’en sais, moi ! De quoi j’me mêle, moi !

mieux vaut ne pas se prononcer sur la situation actuelle du pays alors que je ne la connais pas et que je viens à peine

- Nawuti Mpoto ! Nakomi « vrai mupaya » ! Nayebi eloko moko (lisusu) te !

de débarquer. Je préfère, pour le show, rapporter les commentaires (les médisances, les imprécations, les anathèmes, les verdicts

- Mobutu abebisi, Kabila asikisi !

ou les oracles ?) de la vieille maman

- Plus de quatre-vingt balais ! Mais toute sa tête ! Et quelle sacrée bouche, cette maman-là !

d’Antoinette Safu Mbakata à propos des régimes politiques antérieurs2. Ils remportent toujours un franc succès. Quel que soit le public. Et pas seulement chez les militants de l’UDPS…

Après le fleuve tourmenté de Kinsuka, le fleuve paisible (mais rongeant son frein, commençant à fermenter, rassemblant ses forces, frémissant sourdement et se préparant à bondir...) de Maluku.

Je m’y rends

- A l’invitation de Michel, semble-t-il, le chauffeur du CWB et aussi, semble-t-il (rien n’est clair mais on y va quand même), de Frédéric !

le lendemain de la petite fête organisée chez Maman Azanga.

Avec Ya Nze, Françoise De Moor, Frédéric Jacquemin, José Bau (ça se prononce « bahut »), NCJ et, bien sûr, Michel.

Je suis plutôt déçu… Je croyais

- Si j’avais su ! De ma propre initiative, je ne me serais sans doute jamais (au « Petit Paradis », un nganda maboke « De Luxe », situé au bord du fleuve et dont les clients sont tous des propriétaires de 4x4 ou, à la rigueur, de Mercedes : Bulankos, Nebalis et RD Congolais friqués) montré dans un endroit pareil ! Mais il faut quelquefois faire un peu d’anthropologie, non ?

que Michel nous amenait ailleurs, en famille ou chez un de ses amis, un fermier (ça ne manque pas) des environs de Maluku… Et qu’on nous y attendait… Et qu’on nous y avait préparé à manger… Et qu’on allait nous servir du vin de palme et du lotoko…

C’était un dimanche. Dans l’après-midi.

Compte tenu des embouteillages qui ralentissent considérablement le trafic automobile sur les principales artères de Kinshasa, c’est, manifestement, le dimanche que tout le monde devrait circuler et aller au travail dans cette immense ville-province dont la population a certainement doublé et, peut-être, triplé depuis mon départ, il y a dix-sept ans.

Il y a beaucoup moins de voitures, ce jour-là, non ?

Et Citronnelle ?

Pas revue, la princesse plantureuse. Evidemment. Mais elle harcèle NCJ

- Mais comment donc ce connard de neveu a-t-il pu lui laisser son numéro de portable à cette jeune demoiselle ? Seraient-ils complices ?

de coups de téléphone.

- Réseau ezali ?

- Ezali !

Partout. Dans toute la république.Même ici, à Maluku.

Elle m’attend ici. Elle m’attend là. Elle m’attend à Bandal ou ailleurs. Elle continue de m’attendre. Elle m’a même

- Ça c’est un vrai coup de foudre, petite chérie, non ?

- Assurément, douchka !

préparé du mfumbwa… et du tangawisi ! Quoi faire ? L’effrayer…. Invoquer

- Ça n’arrête pas de puruler et de suinter, Princesse… et de s’écouler, goutte à goutte, comme du miel gluant et malodorant ! Je me suis chopé un rhume du sexe, peut-être ?

une chaude-pisse chronique et même un sida que je soignerais en me trempant le zizi dans un antiseptique, la mettre sérieusement en garde

- J’ai complètement oublié d’emmener mes capotes lubrifiées au chrème et parfumées au fruit de la passion, Princesse ! Excusez ngai, limbisa ngai ! Je les ai laissées à Bruxelles !

- Sans effet, Chéri na nga !

se prévaloir d’un mal de tête, d’un accès de paludisme, d’une crise d’énurésie qui m’oblige à porter des couches-culottes

- Une crise d’« énu » quoi ? Ça, je trouve que c’est quand même inquiétant, Chéri na nga ! Il faut que tu m’expliques bien ! C’est la maladie des eunuques ou quoi ?

- Mais non, Princesse, l’énurésie est simplement une « tendance à faire pipi au lit », si tu vois ce que je veux dire… A un âge « où la propreté est habituellement acquise », si continues de voir ce que je veux dire…

- Ah, ce n’est que ça ! Sans effet aussi alors, chéri na nga ! Ta couche-culotte je peux toujours te l’arracher (et en profiter pour te shampouiner les cacahuètes et les rognons, vite fait !) et te la remettre ensuite, après la « faisance »… Pour le pipi, c’est plus gênant, bien sûr, mais il y a toujours moyen de s’arranger, non ? Du moment (peut-être que le sèche-cheveux de ma copine Pétronille pourrait faire l’affaire ?) qu’on s’aime, non ?

d’une opération de la prostate, d’un vœu de chasteté ?

- Et si je te disais, Princesse, que je n’aime pas (je l’adore !) le mfumbwa ? Et que manger du mfumbwa, ça me donne l’impression (comme le dirait Muka, alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », alias « Petite chérie » qui se marre et refuse de se porter à mon secours… mais je ne partage absolument pas son point de vue en ce qui concerne le mfumbwa !) d’avaler des lames de rasoir ?

- Sans effet, Chéri na nga ! Je te prépare de la salade, un steak et des frites-mayo, si tu préfères…

Je soumets le « problème » à Ya Nze (toujours accablé par la crise de malaria qui le mine depuis le soir

- Anastase Nzeza Bilakila a été la première personne à m’accueillir au Congo, lors de mon arrivée, en 1964 ! Il aura été, aussi, mon premier éditeur à Kinshasa, à « Présence Universitaire » ! Il sera également (lui et Marie Tumba, Nono Tala-Ngai, Emmanuel, Salumu, Anselme, Gaëtan, etc) une des toutes dernières personnes à nous dire au revoir lorsque nous quitterons le Congo « définitivement », tous ensemble (sauf le chien, Ndumba et la voiture, Pénélope), en 1990, à la fin de mon contrat ! Et voilà qu’il est encore, de nouveau, le premier à m’accueillir, en 2007, à mon retour ! Nzeza, l’homme de toutes les fidélités, le « citoyen » intègre aux amitiés indéfectibles, le « combattant » déterminé qui ne cessera jamais de lutter pour un avenir meilleur !

- Le « citoyen », douchka ? Tu retardes…

- Mais le mot existe, non ? Avec tout son sens… Quelque soit l’usage que le régime de Mobutu en ait fait, petite chérie !

de mon arrivée), à Michel et à José Bau. Ya Nze fait semblant de ne rien entendre. Mais les gloussements et les éclats de rire des deux derniers cités et

- Elle aura sûrement réponse à tout ! C’est la crise, non ? Refuserais-tu de te porter au secours d’une jeune femme dans le besoin ?

leur avis circonstancié sur la question n’ont rien d’encourageant.

Une murène venimeuse « enamourée » me guette donc à Bandal, prête à se jeter sur

- Comme un serpent félin sur un crabe engourdi !

sa proie.

Faudra-t-il donc que j’aille me péter la gueule ailleurs ? Qu’en pensera Bibish Mumbu qui, à son retour des Etats-Unis, doit encore

- Rendez-vous au Bloc, Vié !

- Dans quel sous-bloc te trouve-t-on le plus souvent, Bibish ? Au nganda Idolo, chez maman Coco, plus loin ? Et si on allait plutôt manger du cabri de l’autre côté de l’avenue, Bibish, dans les nganda ntaba installés juste à côté de Michaël Cosmetic, non ?

me présenter son quartier et m’emmener

- J’avouerai d’abord à Bibish (que je ne me rappelle pas avoir jamais accompagnée dans un bistrot, ni dans une église, ni dans une salle de spectacle) souffrir de deux handicaps, liés, sans aucun doute, à l’âge : mon oreille gauche, complètement fanée, qui m’oblige (sauf si je me tords le cou) à m’asseoir à sa gauche et ma « prostate » qui m’impose des pauses pipi régulières ! Ça mettra un peu d’ambiance !

- C’est comme ça que tu dragues, douchka ?

- Ben oui, petite chérie ! Ce n’est pas comme ça qu’on fait… cartes sur table, non ?

- Eh bien, bonne chance, douchka ! Je te souhaite plein succès dans ton entreprise ! Bibish te connaît un peu et doit (hélas ! j’ai honte ! je suis quand même ta femme, non ?) savoir à quoi s’attendre avec toi (elle a déjà dû, sans doute, se taper l’un ou l’autre de tes grossiers et grimaçants grimoires) mais je doute que Kabibi apprécie !

boire quelques verres de bière avec Kabibi, un de ses principaux personnages et une de ses meilleures amies ?

Etumba ya basi, kokota te ?

Aurai-je enfin la paix à Butembo ? La princesse Citronnelle, gonflée d’amour, qui ne prend

- Je suis une fille naturelle, moi !

jamais rien, ni contraceptifs, ni préservatifs

- Je suis pure, moi !

au sexe affable, douillet, satiné, velouté, indulgent, suave, moelleux, soyeux, liquoreux, duveteux mais

- Que Maliq et Filip me rassurent, petite chérie ! Est-il bien certain que ce genre de liane-boa ne pousse pas en altitude et qu’on ne trouve nulle part (même dans les boîtes de conserves en provenance d’Ouganda, du Kenya, de Dubaï, de Chine ou d’Afrique du Sud !) de mfumbwa à Butembo ?

aussi glauque, fangeux, gadouilleux, obscène, agrippant, volubile et carnivore, continuera-t-elle à m’y poursuivre de ses ardeurs sulfureuses et voudra-t-elle que je la fasse rire aussi là-bas ?

Aaah, Anaaah, Anaaaaaaaah !

Mukaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Pourquoi donc m’as-tu abandonné ?

Pourquoi m’as-tu envoyé tout seul au Congo ? Pour que

- C’était urgent, douchka, non ? Tu n’y mettras peut-être jamais plus les pieds ! Et aussi longtemps que tu as tous tes esprits (aussi tordus soient-ils), il vaut mieux que tu en profites ! C’est une dette, non ? Tu dois bien ça à tes vieux amis ! Et à tous ceux qui t’ont adoubé !

- Mais tu n’aimes pas ce que j’écris, petite chérie !

- Ce n’est pas une raison, douchka !

j’écrive enfin un texte sur Kinshasa ? Pour me mettre à l’épreuve et

- Tordue que tu es, petite chérie !

- Mais pas autant que toi, douchka !

que j’affronte une jeune et jolie princesse de bar et (c’est pas gagné ?) que je sorte vainqueur d’un combat contre la fille préférée de Satan ?

1 Et l’hôtel Inga (côtes de porc, pommes de terre frites, et salade verte tous les jours et à toute heure), en face de Chéri Samba Maison Mère (CSMM) aussi …

- Aussi quoi, douchka ?

- Un centre hospitalier de référence !

2 Ça vaut bien les sarcasmes du n° 633 du 12 décembre 2007 du « Manager Grognon » (se définissant comme un « Journal satirique paraissant à l’improviste ») laissant entendre que la classe politique actuelle souffre de « Paludisme » et de « Kabilharziose » ! La presse kinoise a acquis, par rapport au pouvoir politique, une évidente liberté de ton et un « droit à l’impertinence » parfois étonnant ;



Ecrire à Butembo - Chapitre 12 - Les problèmes - Kutazo !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
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Les problèmes

Kutazo !


Hier, j’ai adressé

- Echec ! Aucune réponse !

un SMS à Freddy Tsimba. Aujourd’hui, j’essaie d’atteindre

- Echec aussi !

Vincent Lombume Kalimasi. Et

- Echec encore !

j’envoie aussi un message à Bibish Mumbu : « Bien rentrée ? » Elle m’avait fait savoir, en effet, dans un mail expédié des Etats-Unis et reçu à Bruxelles, avant mon départ pour Kinshasa, qu’à partir du 6 décembre, on allait pouvoir se retrouver au Bloc, à Bandal…

Tous les « Yambistes » rencontrés à Bruxelles m’ont donc laissé tomber ? Y a-t-il eu complot ? Se sont-ils

- Parano, va !

donné le mot ? OK. Je les oublie tous. Ils me nient ? Je les zappe ! Etali bango ! Tufi na bango, etc…

- Paranooooooo !

Bon, passablement déconfit, je m’engage dans une longue sieste…

Quand, en toute fin d’après-midi, je finis par me lever, il y a un problème, assis, dehors, sur la terrasse (ou

- Ça dépend, sans doute, de la façon dont il s’est présenté à la porte d’entrée, j’imagine ?

à l’intérieur de la maison, au salon, avec les enfants) qui m’attend

- Pourquoi ne m’a-t-on pas appelé ?

- Sukina et Tensia n’ont pas voulu te réveiller !

depuis deux heures.

Mon problème ne boit pas

- A cause de la pluie ! Il fait trop froid ! Non merci !

d’eau « bien tapée », sortie du frigo. Ni de bière, ni de café. Il patiente et feuillette le vieux journal qu’on lui a donné à lire…

Les problèmes

- Ont-ils peur de ne pas être bien reçus ? Ou n’ont-ils pas eu l’occasion ou le temps de mettre leur portable à la charge ? Ou n’ont-ils plus d’unités, plus de crédit ?

ne s’annoncent pas toujours. Ils viennent à pied. Même sous la pluie. Ils ne connaissent pas l’adresse exacte de la personne qu’ils vont visiter et doivent souvent chercher, chercher, chercher, interroger des gens, en questionner d’autres, frapper, frapper, frapper à plusieurs portes. Les problèmes sont tenaces et, habituellement, parviennent à destination. Généralement aussi, ils n’ont pas d’argent pour

- Rentrer à pied, la nuit, avec les bandes de jeunes (des « clubs » et des « écuries » portant des noms « terribles » : Soweto ou Bana Mitraille à Kingabwa, Mondesu à Matonge, Zoulou à Kasa-Vubu ou à Binza-Delvaux, Bana Bofala à Ngaba,Bolafa à la N’Sele etc) … et les contrôles de policiers ou de militaires, ce n’est pas toujours prudent !

le retour…

Les problèmes habitent un deux-pièces avec leur épouse et plein d’enfants, de neveux et de nièces… une annexe, construite au fond d’une parcelle, à côté du kikoso... Tout le monde regarde la télévision… bien que les quartiers où habitent les problèmes souffrent

- Mais pas ce soir !

de délestage plus souvent que d’autres. Les problèmes sont fiers. On ne les achète pas. Quelquefois ils ne disent rien. On doit alors tout deviner… On peut parfois arranger les problèmes mais on est rarement en mesure de leur apporter une solution

- Il y a des mécaniciens pour ça, non ?

- Douchka, tu es un sale chien, une pourriture, un salopard, un transgresseur d’interdits, un excrément de truie réglée ! On ne rit pas de tout !

- M’enfin, petite chérie, ça permet de dédramatiser, non ?

définitive. Les problèmes se lèvent tôt le matin et, quand ils se réveillent, ils sont encore plus fatigués que la veille, en se couchant. Les problèmes ne font jamais la sieste.

Quelquefois les problèmes ne sont pas de vrais problèmes. Mais plutôt des souvenirs ou des remords. Et, alors, c’est encore pire…

Après avoir reconduit mon problème à la maison, salué son épouse et embrassé ses enfants, j’ai, subitement, eu vraiment très soif… mais il fallait d’abord que je fasse un grand pipi.

Papa Antoine me trouve

- Urgence ! Affaire prostate ! Ça ne peut plus attendre !

d’abord un endroit où

- Danger !

« iriner » tranquillement, à l’aise, sans

- Mundele, c’est quoi ça ?

être interpellé et insulté par des riverains ou mis à l’amende par des policiers, caché derrière la jeep de Nadine, alias « Gododo », alias « Petit Bal » », dans le caniveau d’une

- Et si c’était dans cette rue-là qu’habite la maman de Bibish ?

petite rue, peu fréquentée, de Bandal-Makelele… et m’amène ensuite boire un verre et remplir à nouveau mes gourdes et mes bidons dans une terrasse

- J’y apprends que Monseigneur Monsengwo Pasinya vient d’être nommé archevêque de Kinshasa ! Bientôt cardinal ? Comme Malula et Etsou l’ont été avant lui ?

paisible dont il est

- Et NCJ ?

- NCJ est puni, boudé, boycotté, sur la touche ! Depuis l’histoire de la voiture qui s’est retrouvée en panne à Lemba ! Mais il fera bientôt sa réapparition, j’imagine ? Tôt ou tard ? Avec un grand sourire ?

le client régulier, le « New Tic-Tac », à côté de la « Maison Hélène », près du conteneur abritant le sous-commissariat de police du quartier ou, plus exactement, le poste « Cimetière de Kintambo » de la police spéciale de roulage


Ecrire à Butembo - Chapitre 17 - Matsi, Lombume, Bibish, etc… que du beau monde au téléphone ! Danger de mort !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
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Matsi, Lombume, Bibish, etc… que du beau monde au téléphone !

Danger de mort !


Un coup de fil de Matsi Kalubi.

José, l’ami de Riva, bien que sûrement scandalisé par mes blasphèmes (mais ayant appris à pardonner les péchés) lui a quand même transmis mon numéro. Je passerai la saluer, chez elle

- Tu n’as qu’à demander Matsi ! Tout le monde me connaît là-bas !

à la cité des journalistes, sur l’avenue Kabinda, juste en face de la RTNC.

Un autre appel aussi

- C’est Riva qui m’a refilé ton numéro ! Mais aujourd’hui je suis vraiment très pris ! J’ai un texte à terminer et des gens à rencontrer ! On se rappelle dans quelques jours ?

de Vincent Lombume Kalimasi.

Un autre encore de Bibish (il faudra quand même qu’on se voie, au moins pour la bonne forme, non ? et qu’on fasse ensemble ce qu’on avait prévu de faire depuis longtemps, non ? qu’on aille boire un verre ou deux ou trois ou quatre ou cinq ou six ou sept « au Bloc » de Bandal, non ? sinon In Koli Jean Bofane

- La Belgique a échoué !

va trop se payer ma tronche) qui me passe

- Quelqu’un que tu connais !

une certaine

- Ce n’est pas Citronnelle, ouf ! Ni Kabibi, dommage ! Mais je ne vois absolument pas de qui il peut bien s’agir !

Sandra… Bibish et

- Tu paaarles !

Sandra1 me recontacteront d’ici la fin de la semaine. J’attends aussi (récapitulons et faisons le point !) des coups de fil de Mabi, Badibanga, Lolo Gelgessen

- On doit encore se taper une bouffe au restaurant avec elle, non ? C’est elle qui doit nous rappeler, non ?

Jeannette Bula-Bula, Pascal Wendjo… Et moi-même je dois absolument

- La batterie est presque à plat et le chargeur de Sukina est cassé ! Problème ezali ?

téléphoner à Nzeza (organiser, avec lui, une visite de sa ferme, à une quinzaine de kilomètres de Kasangulu, pour y découvrir ses champs, sa source, ses étangs, ses deux petites rivières, sa forêt et ses ruchers), à Look (avant qu’il

- Il n’habite pas loin de chez Nadine, au quartier « Jamaïque », quelques centaines de mètres après le centre Nganda quand on emprunte la chaussée de Benseke, avant la montée !

- Là où il y a eu des inondations, douchka !

- Ça m’étonnerait beaucoup, petite chérie ! Je ne m’imagine pas Look pataugeant dans la gadoue !

ne se déplace à l’Est pour ses « premières vacances au pays depuis au moins trois ans », me dit-il) et à Bongeli. Et aller rendre visite

- On va sur une terrasse, boire un verre, à la Maison Sumate, chez ma fille Nadine ?

- Je ne bois plus que de l’eau !

à Matsi Kalubi et

- Je ne le dérange pas à Bruxelles, quand il travaille dans notre chambre d’amis ! Pourquoi donc irais-je l’emmerder à Kinshasa, dans son atelier, petite chérie ?

à Chéri Samba, l’autiste-peintre et

- Et toi alors, douchka ? Dans le genre, tu n’es pas mal aussi !

localiser enfin notre

- Vieux, douchka ?

- Après dix-sept ans, tous nos copains sont devenus vieux, non ? Ce sont de « vieux copains », non ?

vieux complice, « Qui Saura » !

Beaucoup trop de boulot pour une seule personne, non ? Il ne me reste plus qu’un mois à vivre à Kinshasa. Ce n’est pas une existence de retraité, ça ! Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », devrait me donner un coup de main, non ?

NCJ est

- Mais, peut-être… soki Ciboulette, soki Pétrolette (cette histoire-là a dû énerver Nadine… qui lit tous les matins ce que j’ai écrit la veille), soki Gourgandine, soki Langoustine (ça l’a certainement exaspérée, cette histoire-là… d’autant plus que ma version des faits, aussi mensongère qu’elle puisse être, est plutôt bien « troussée », non ? et que je la raconte avec une truculence chérisambienne, non ?), soki Brillantine, soki Gécamines, soki nani… est-elle sûrement pour quelque chose dans la punition ou la « mise à l’écart » provisoire de NCJ ?

allé hier à Yolo. Il me transmet un bonjour de Ya Cécile. Mais il n’y a pas rencontré « Qui Saura ».

1 Oh ! Voilà ce que c’est d’être sourd ! En fait, ce n’était pas Bibish qui me téléphonait mais c’était plutôt Nicky ! Et Sandra, je la connais très bien, évidemment, c’est Sarah Demart… Sarah de « chez Vieux Henri » à Bruxelles ! Je n’ai pigé le « quiproquo » que 15 jours plus tard (non seulement sourd, dirait « petite Chérie », mais aussi lent à comprendre), évidemment… Chez Ya Nze et Marie, où Nadine et moi étions invités à manger et où j’ai retrouvé

- Tu n’avais même pas reconnu ma voix ?

Nicky que je n’avais pas encore vue, depuis mon arrivée à Kin, et

John son mari que je ne connaissais pas encore et

- Heli-Heli-Helicoptère ! Un sacré texte qu’elle m’avait envoyé à l’époque, Sukina ! Après les évènements de la Cour Suprême à la fin 2006 ou ceux des 22 et 23 mars 2007 ayant opposé les soldats de la garde Républicaine (GR) au détachement DPP commis à la sécurité d’un des anciens vice-présidents, je ne sais plus…

Bibiane et

Anaya qui sortait à peine d’une malaria et

- J’ai cru d’abord que tu me snobais !

Sarah Demart…

Ooooh, l’embrouille ! Dois-je, pour autant, changer le titre de mon chapitre ? Ce serait trop de boulot et, d’ailleurs, il n’y a déjà presque rien à manger (que du beau monde… et un danger de mort dont on ne voit pas trop bien à quoi il se rapporte, si ce n’est à Koffi Olomide, alias « Grand Mopao », alias « Sarkozy ») dans ce foutu chapitre de simple remplissage ! Je n’en ferai donc rien ! Et toc dans la culotte des bien-entendants ! Et surtout, surtout, surtout, que notre ami In Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones », continue de me jalouser !


Ecrire à Butembo - Chapitre 21 - Au village Kinzeza - Zekete zekete !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
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Au village Kinzeza

Zekete zekete !


On passe d’abord par

- Pas de face-à-face, comme devant l’UPM, entre potaches et policiers casqués et armés de matraques et de boucliers ! Les étudiants s’énervent : ils ont payé leur minerval et les cours n’ont pas encore recommencé ! Que les profs reprennent les cours et qu’ils terminent au moins l’année académique 2006-2007… Jusqu’où vont-ils la faire traîner? On finira par les taper, ces profs qui ne pensent qu’à leur pognon !

le Campus de Kinshasa. A la pépinière

- Il est encore vivant, cet homme-là ?

du Père Paulus (juste à côté du centre nucléaire !) où Nzeza doit retirer de jeunes pousses d’arbres qu’il compte planter dans « sa forêt » du Bas-Congo… et où

- Ça fait longtemps !

- Vous avez travaillé au CPA, n’est-ce pas ? Et comment se porte Madame Lambinet ?

je rencontre le professeur Kanga qui fut, dans les années quatre-vingt et quelques, Secrétaire Général du CIDEP et un de mes anciens patrons… et qui, à présent, s’intéresse certes à la grève du personnel de l’enseignement supérieur et universitaire et aux intérêts de sa « corporation » mais aussi, semble-t-il à la botanique ?

Route de Mont-Ngafula. Beaucoup de boutiques, de cabines téléphoniques, d’ateliers…

Et beaucoup de terrasses aussi… où il faudra bien jour, un jour ou

- Avec Filip, qui a une baraque dans le coin ? Avec toi, petite chérie ?

l’autre, que je m’arrête pour honorer les dieux Skol et Primus dans chacun des temples du quartier : « Dieu est Amour », « La Grâce de Dieu », « L’Eternel est ma Force », « La Paix de Dieu », « La Main de l’Eternel », « La Puissance de Dieu »…

Sortie de Kinshasa.

Route de Matadi, la Nationale 1.

Matadi-Kibala, juste après la Cité Maman Mobutu. Un gigantesque marché (où les Kinois achètent tous les produits en provenance du Bas-Congo) s’est installé, peu à peu, « sans que personne ait rien demandé à personne », sur la nationale et dans certaines rues transversales.

Beaucoup de nouvelles constructions à Matadi-Kibala… mais pas d’espaces réservés pour des infrastructures publiques (ni parkings pour les « transports » à destination ou en provenance du Bas-Congo, ni emplacements réservés pour des écoles, des centres sociaux ou des dispensaires, ni terrains de football…) sauf un nouveau marché, un grand bâtiment tout neuf, construit à cent cinquante mètres de la chaussée… et qui est, apparemment, boudé par tous les vendeurs et toutes les vendeuses de produits frais !

Coup de téléphone

- Je suis sur la route du Bas-Congo

- Quand rentres-tu ?

- Ce soir !

- On se téléphone demain matin alors.

de Salumu Yamba Yamba, à qui Raymond Nzanga Suke a transmis mon numéro de portable.

Une petite antilope vendue au bord de la route.

Un camion dans le fossé, quelques kilomètres avant Kasangulu.

Plus aucune « barrière » de militaires rançonnant les voyageurs (elles ont toutes été levées sur la route du Bas-Congo alors qu’il en subsisterait encore une dizaine sur la route reliant Kinshasa au Bandundu) mais

- Ça, c’est nouveau !

un péage routier.


Et pendant ce temps-là, à Kinshasa, dans l’après-midi, Kako, qui vient d’avoir 13 ans et son cousin David, du même âge se font arrêter, à moins de trois cent mètres de la maison de Nadine, alias « Mère Courage », pour avoir pris une photo

- Boyebi te que c’est la guerre au Kivu ? Et que nous sommes en opération ! Et qu’on ne photographie pas des militaires en opération !

de militaires « de garde » devant la parcelle d’un général… affalés, vautrés, avachis, étalés sur des fauteuils de jardin en plastique, fumant du diamba…

- Kako, tu devrais te mettre un écrire un roman sur tout ce qui t’arrive ces derniers jours : un renvoi de l’école pour incitation à la bagarre dans la cour de récréation, une arrestation pour atteinte à la sûreté de l’Etat !

- Demain, Papa Didier, demain !

Je demande à Nadine combien ça lui a coûté pour faire libérer son fils

- 20 dollars ! Et le péage sur la route du Bas-Congo, c’était combien ?

- Un peu plus de trois dollars ! 1600 francs congolais, pour un trajet aller-retour dans le district de la Lukala… mais, en principe, cet argent-là est censé aller dans les caisses de l’Etat, de la Région ou de l’entreprise Forrest, chargée de l’entretien de la route, non ? Et l’appareil photographique appartenait à qui ?

- A David !

- Et qu’est-il devenu ?

- Confisqué ! Mais David a fini par le récupérer !


Mvululu, au croisement de la nationale et de la route de Luzumu…


La route qui mène à la « prison souterraine » de Luzumu. Où un de mes anciens patrons (qui, à l’époque, était un important « maître à penser » de la société congolaise et qui s’était donné la peine

- Vous êtes quoi, vous ?

- Euh… juriste1 !

- Et pour vous le droit, c’est quoi ?

- Je ne sais pas moi, une technique devant permettre de rendre la vie en société plus facile, non ?

- Le droit est au service de la société qui le génère ! Dans une société fondée sur l’injustice et les inégalités, le droit sert à perpétuer ces injustices et ces inégalités ! A société raciste, droit raciste ! A société coloniale, droit colonial…

de travailler rapidement, dès mon entrée en service à l’Institut National d’Etudes Politiques, à ma décolonisation mentale), André Nkanza Ndolomingu, le président de l’Union Générale des Etudiants Congolais (UGEC), a été emprisonné, sans jugement ni condamnation, pendant de nombreuses années, sous le régime de Mobutu.

Angwalima, aujourd’hui décédé, a, lui aussi, été longtemps incarcéré à Luzumu.

Angwalima, bandit de grand chemin, selon les uns… et Robin des Bois, selon les autres qui voyaient en lui une espèce de « redistributeur social de richesses », volant les riches pour distribuer aux pauvres…

A sa sortie de prison, Angwalima a épousé une femme de la région et s’est installé dans les environs de sa prison.

Sa femme et ses enfants

- Pas loin, on voit sa maison d’ici !

habitent toujours là.


Et enfin, le village Kinzeza.

La jeep de Nadine est une « voiture de la ville ». Elle ne porte pas vraiment la tenue qu’il faut pour se promener en pleine campagne. Sa robe est toute chiffonnée, toute griffée et

- Avant mon retour à Bruxelles, je lui en offrirai une nouvelle !

- Une jeep ?

- Une robe !

ses souliers sont crottés.

Pourquoi donc les ruisseaux et les rivières coulent-ils toujours au fond des vallées ? Et c’est aussi là que se trouvent les ruches de Nzeza, la source d’eau potable et l’étang où la sœur de Ya Nze met rouir son manioc pendant trois jours et les anciens étangs piscicoles… vidés, un soir de pleine lune par de mauvais voisins…

- J’ai mal à mon mukongo, petite chérie !

Papa Antoine, essoufflé (comme moi) et transpirant (comme moi) émet

- Et qu’on envoie Kako chercher de l’eau à la source, plusieurs fois par jour, ça lui fera faire de l’exercice !

une suggestion que je transmettrai à Nadine, alias « Gododo », alias « Petit Bal » » : que Kako vienne passer une semaine de congé au village de Papa Nzeza. Pourquoi pas ? Et qu’il se taille un chemin à la machette

- Des animaux, douchka ?

- A part quelques abeilles en vadrouille (ça n’arrête pas de bosser, ces petits bijoux-là !) et quelques petites bêtes qui gratouillent, gratouillent, gratouillent… j’ai croisé un mille-pattes !

dans la forêt sacrée de Ya Nze… qu’il s’est réservée, où il plante de nouvelles espèces d’arbres et à laquelle même sa sœur et ses neveux

- Ni couper des arbres, ni faire des champs !

ne peuvent toucher.

Et après avoir descendu la colline, Kako devra encore la remonter ! Et la redescendre et la remonter ! Et la redescendre et la remonter ! Et la redescendre et la remonter !

Coup de

- Encore toi, Judith ! Comme à Bruxelles ! On n’est plus jamais tranquille nulle part ! Même au village de Nzeza ! Il faut toujours qu’on soit dérangé !

téléphone de Judith Bisumbu (avec Ben Mavinga et Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique » qui, pour une fois, me parle tendrement) alors que, assis sous un safoutier, à l’ombre, nous devisons et mangons tranquillement… des safu (avec du pili-pili fraîchement « touté »), de la kwanga et

- Tu aurais adoré, petite chérie ! Judith aussi (quant à Ben, je n’en suis pas sûr, il aurait pu faire des manières) !

un plat de « mbika aux chenilles noires » préparé par la sœur de Ya Nze…

Un jeune frère de Ya Nze, victime

- Comme Jipéji !

d’un AVC (et qui, un jour, a pris la décision de quitter Kinshasa et de venir s’installer ici, à Kinzeza, loin de la ville) est assis « pour toujours », sur une chaise en plastique, la tête penchée, le côté gauche paralysé, à demi prostré, sans aucune

- Faute de moyens !

possibilité de rééducation, sans fauteuil roulant, sans aucune autonomie de déplacement, dans une petite maison en pisé.

Il me reconnaît et

- Vous avez grossi !

- C’est une critique ou c’est un compliment ? Disons plutôt que j’ai vieilli, non ?

fait l’effort de me sourire.

Je ne sais pas quoi lui bafouiller… mais je promets de revenir lui dire bonjour, tôt ou tard

- Je ne sais pas quand…

un jour ou l’autre…

Retour avant le coucher du soleil.

Encore un camion dans le fossé (rempli de sacs de charbon de bois) et beaucoup d’autres camions, de taxibus et de taxis, pleins de marchandises ou de passagers, agonisants sur le bord de la route… et qui ne verront sans doute

- Pas aujourd’hui ! Mais demain sûrement ! Et peut-être même, déjà cette nuit ! Tous « remis sur pied » dans l’entre-temps, ravigotés, ragaillardis, en toute grande forme et prêts à repartir à l’assaut de la ville !

jamais Kinshasa, la ville promise.

Beaucoup plus de pannes et d’accidents au retour qu’à l’aller. Beaucoup d’odeurs d’huile brûlée.

Encore une petite antilope vendue au bord de la route. Toujours la même ? Au même endroit ?

Coup de téléphone encore… alors que, après une dernière bouteille à l’espace Dayana, sur l’avenue du Haut-Congo (près de chez le professeur Mbulamoko Nzenge Movoambe), avec Ya Nze et Papa Antoine, je suis à peine rentré à la maison… harassé, fourbu, courbatu, et que

- Tirant prétexte du délestage, eh !

je me suis rapidement mis au lit, à seulement 21h… de Jean Moorhead-Dehasse

- D’où m’appelles-tu ?

- De Bukavu !

- Si tu es encore là dans un an, on se retrouve à Butembo, ça va ? Ce n’est pas trop loin de Bukavu, pas même 500 kilomètres ! Pour les gens de ton pays, ce n’est rien du tout, non ?

- Ok !

et d’Anselme Kaleme Tampi qui

- Vieux, comme ça va ?

- Je suis vraiment très content de t’entendre, Anselme ! J’ai vu Nkoy et je lui ai remis ton paquet... Il se porte bien ! Et comment ça se passe à Bruxelles ? Et chez toi, à la maison ?

depuis qu’il est devenu citoyen belge

- C’est mauvais, très mauvais ! Ce n’est pas bon !

me parle, évidemment, du temps qu’il fait… lequel, on s’en serait douté, n’est jamais le bon.

Je lui raconte aussi les aventures de Kako. Ça le fait

- Kinshasa n’a pas changé !

bien marrer, ça lui rappelle les mises au cachot, vers les même âges, d’Eric

- Qu’est-ce qu’il avait encore fait celui-là, petite chérie ? De quoi s’était-il de nouveau rendu coupable, le chenapan ? Il faudra bien qu’il me rappelle, un jour, tout ça !

et de Lola (la fille de Maître Kalemba qui avait eu le tort, à 12 ans, de sauter à la corde en short de gymnastique sur le trottoir de l’avenue Major Vangu (ex- Comité Urbain), alors que le Bureau Politique ou le Comité Central du MPR avait décrété

- A moins qu’il ne s’agisse d’un discours-fleuve-loi du Président-Fondateur, prononcé à la N’Sele ?

que le port du pagne était désormais obligatoire), la belle-sœur actuelle

- Et qui, maintenant, du fait de son mariage avec le frère de Bibish, est devenue « allemande », du côté de Dusseldorf ?

de Bibish Mumbu… qui ne m’a pas fait

- Sans doute est-elle un peu lasse, petite chérie… Tu pourras dire ça à In Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones » ! Ça va peut-être le rassurer ?

- Bref, elle t’a envoyé sur les roses, quoi !

- Mwais… dans les acacias ou les matiti plutôt… Ainsi, donc, n’irai-je sans doute jamais boire un verre avec Bibish au « Bloc de Bandal… A trois, avec Jean Bofane, on constituait pourtant une belle équipe, non ? Mais ainsi va le roman : certains personnages qu’on attendait (mais ça ne fait rien, on les gardera quand même au générique, on en fera des personnages fantômes) ne sont pas au rendez-vous ! D’autres disparaissent carrément, comme Citronnelle et Pétronille ou s’estompent furtivement, comme NCJ… D’autres émergent peu à peu, comme « Qui Saura »

- Attaque, douchka ! Arrête de jérémiader, attaque !

signe à la fin de la semaine, comme elle me l’avait annoncé, et dont je n’ai plus aucune nouvelle…

La meilleure image que je garde de Kinzeza ?

Plein d’images ! Mais, quelquefois, les meilleures photos ne sont pas celles qu’on a prises et les images qu’on me rapporte sont plus fortes que celles que j’ai visionnées personnellement.

Nzeza me raconte les aventures de deux Bulankos qu’il avait amené visiter son « village » et qui

- Il faut absolument faire quelque chose !

ont obligé

- Stop ! Vite ! Dépêchons-nous !

le chauffeur arrêter la voiture devant un feu de brousse allumé par des paysans-chasseurs du coin, sont descendues du véhicule et


Je me pose des questions rigolotes que, évidemment, je n’ose pas formuler à haute et intelligible voix devant Ya Nze.

- En slip et soutif ? En se servant de leur robe pour étouffer les flammes? Mais sans doute portaient-elles le pagne (et mangeaient-elles la kwanga en la pétrissant avec les doigts) pour se donner l’impression d’être bien « intégrées » à la société congolaise, non ?

- Arrête, douchka ! Avec l’âge, tu es devenu un vieux dégueulasse !

- Et avant l’âge, j’étais quoi ? Un jeune dégueulasse ?


se sont efforcées d’éteindre les broussailles, en gesticulant dans tous les sens, sous le regard stupéfait des paysans… éberlués, déconcertés, hilares… dont la chasse a, certes, échoué mais qui, à défaut de mbokolo ou de simbiliki, ont quand même ramené à la maison une histoire comique à raconter aux vieux et aux enfants.

Une histoire qui, certainement, a un sens profond, non ?

1 C’était notre première rencontre… Je n’allais pas lui avouer tout de suite que j’avais « choisi de faire le droit » parce qu’en Fac de droit, l’horaire ne comprenait pas de cours de latin, de mathématiques ou, pire encore, de statistiques ! Et que, à l’époque, l’horaire ne comportait que neuf heures de « leçons magistrales » par semaine (sans que les présences soient mêmer relevées) ! Et pas de séminaires réellement obligatoire ! Et qu’on devenait « docteur » sans avoir de thèse à présenter !



Ecrire à Butembo - Chapitre 25 - A l’attaque - Mortel combat !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008

Extraits


*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/



A l’attaque

Mortel combat !


Bon, 18 heures quart, l’heure des moustiques, des ngembos (Citronnelle et Pétronille), des chauves-souris, il est grand temps

- Sinon Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », va me botter le train !

de passer à l’attaque, de se bouger le cul et de frapper à la porte des gens. Opération volontariste, quasi-militaire… très rondement menée.


Avant de partir (alors que Papa Antoine achève de manger sur la terrasse arrière), j’entends parler de la rumeur du jour, celle qui court : il y aurait eu une « bousculade »

- Cela fait-il aussi partie du « Chaos Management » dont nos frères Nebalis sont, paraît-il, très friands ?

devant la boulangerie qui fabrique le « pain Victoire » (appelé aussi « kanga journée » !), au croisement Huileries-Kabinda… Il y aurait eu des morts… parmi les Mama ya mapa… ou parmi les travailleurs de l’usine ?

Ne pas oublier de lire la presse demain !

Pas évident, cependant… La « liberté de ton » s’accommode difficilement des problèmes de déplacement… Et l’incident qui s’est produit à Kingabwa entre les policiers et les « Monuc » n’a, semble-t-il, été rapporté nulle part.

A-t-il seulement eu lieu ?

Même pas sûr…

Vérifications faites, il semblerait d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu réellement de « bousculade » au croisement Huileries-Kabinda devant la boulangerie « Victoire » mais plutôt un accident dans lequel serait impliqué un camion effectuant des livraisons de pain chez les dépositaires.

Et l’affaire de Kingabwa ?

J’ai rencontré

- Tu n’oublieras pas de faire un gros bisous à Anaya ! De la part de Muka et, bien sûr, de Papa Didier !

Ya Nze tout à l’heure. Il m’a dit ne jamais avoir entendu parler d’un incident quelconque ayant opposé, ces derniers jours, des policiers et des « Monuc » Pourtant d’autres personnes, travaillant également à Kingabwa, certifient avoir perçu des coups de feu… Dans une ville aussi vaste que Kinshasa, les rumeurs ne sont pas toujours faciles à gérer…


Allons réveiller (entre 18 et 19 heures, c’est le bon moment, non ? tout le monde est déjà rentré et personne n’est encore sorti, non ?) Chéri Samba et Bibish Mumbu.

D’abord la « cible » la plus éloignée : Chéri Samba, au croisement de l’avenue Kasa-Vubu et de Birmanie… Bibish j’essayerai à mon retour, sur le chemin de Kintambo…

Evidemment, le maître n’est pas là ! Fulgence me dit que Chéri Samba a voyagé

- Samba est en Europe depuis déjà longtemps…

- Depuis quand à peu près ? Novembre ?

- Depuis le mois de mai !

mais, quand je lui parle de Philda et de Kitokimosi, Fulgence se rend compte que je connais bien Samba, me presse d’entrer et de rédiger

- Avec l’adresse et le numéro de téléphone !

une petite note…

- Eeeh ! Le gredin serait-il quand même à Kinshasa et y jouerait-il à l’homme invisible, petite chérie ?

On verra bien… selon que

- Et dis-toi bien, petite chérie, que je ne suis pas parano, je me « contextualise » !

Chéri Samba (ou, Philda, son épouse) me téléphone... ou ne me téléphone pas…

Attaquons Bibish à présent, la retranchée !

Effectivement, Bibish n’est pas chez sa mère mais squatte

- Où ça, douchka ?

- Je ne te dirai pas où, petite chérie ! Je ne donnerai son adresse à personne !

- Même à in Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones » ?

- Surtout pas à lui, petite chérie, mon Rival ! Bibish fait comme si elle n’était pas là, comme si elle n’allait pas rentrer à Kin avant janvier, elle ne répond pas au téléphone, elle a le blues, son mari lui manque (il l’a accompagnée pendant presque toute sa tournée américaine, de Philadelphie à Seattle… et puis ils ont dû se quitter), ses voyages l’ont fatiguée, elle se repose, elle décompresse… Ses sœurs la coiffent, Papa Léonard assure sa sécurité, elle est très bien comme ça… Je ne vais quand même pas la trahir !

ou « garde » momentanément la maison de son frère, au fin-fond de Makelele, dans un très joli petit square arboré, assez loin du Kasa-Vubu, de son trafic et de ses clameurs…

Bibish m’invite

- M’enfin, Bibish, tu sais bien, pourtant, que je déteste la culture et tous les « cultureux » ! Que ces « précieux ridicules » (ces « grosses bites » molles, suffisantes et dindonnisantes, coquettes comme des cocottes et méchamment jalouses les unes des autres, a dit un jour une personne qu’In Koli Jean Bofane et moi nous apprécions particulièrement) me font profondement chier…

à assister à un spectacle, dans son quartier, à l’espace « Les Béjarts »

- Mais non, Vié, ici ce ne sera pas la même chose » ! Et d’ailleurs, c’est « Papy » qui organise ça ! Papy Maurice Mbwiti, tu te souviens de lui, tu l’as rencontré à Bruxelles ?

- Donne toujours les coordonnées du truc, on ne sait jamais, ça pourra toujours servir !

Elle-même y lira des textes.

Une petite sœur de Bibish (sans doute fait-elle partie de la troupe et du spectacle ?) me refile tous les renseignements utiles et j’en prends note, très rapidement… et très approximativement : pharmacie Tshibangu, rue Maduda, puis à gauche la rue Lubuzi et c’est là-bas, tout au fond, près du marché Synkin, à côté du parking Mandungu, n°52-60 …

- Je ne promets rien, ça ne dépend pas de ça moi, mais du « transport »… Si je n’ai rien promis et que je débarque quand même, je suis un vrai cadeau … tandis que si j’ai promis et que je ne viens pas, je suis une horrible merde, non ?

Et, comme on pouvait le prévoir, avant de rentrer

- Courant ezali ?

- Ezali !

à la maison, Papa Antoine et moi allons boire une avant-dernière puis une dernière bouteille au New Tic-Tac (alias « Terrasse Bienvenue »), à côté du poste « Cimetière de Kintambo » de la police spéciale de roulage.