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mardi 20 avril 2010

Ecrire à Butembo - Chapitre 3 - A « La Bénédiction de Dieu » - Yesu kaka !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/




A « La Bénédiction de Dieu »

Yesu kaka !


NCJ, préposé par Nadine à mon transport et à ma « sécurité »

- D’ailleurs, NCJ porte des lunettes fumées ! Comme Antilope, son père, lorsque celui-ci travaillait à l’ Agence ou au Centre National de Documentation (c’est comme cela qu’on appelait la Sûreté, sous le règne de Mobutu Ier, non ?) après avoir, avant l’Indépendance, bossé aussi, sans doute, pour les « services » du Congo belge.

espère une nouvelle panne de courant. Que je cesse de tapoter sur mon clavier.

Et que je sorte de ma chambre. Qu’il puisse me présenter son Kinshasa et, plus particulièrement, son Yolo-Nord. Qu’on parte à la recherche de

- « Qui Saura » est toujours à Kin ! Il n’est pas encore retourné à Luanda ! Y retournera-t-il jamais ?

César, alias « Qui Saura », le papa de Didiana et de Djuli. Et, aussi, qu’on aille ensemble écouter Evoloko Joker à La Crèche, un dimanche soir…

Vincent Lombume Kalimasi, Bibish Mumbu, Asimba Bathy et

- Le Kinshasa de Chéri Samba, je le connais déjà un peu mais un approfondissement et une mise à jour s’imposent certainement !

Freddy Tsimba doivent

- Et à quoi tu occupes tes journées, Vié ?

- Je dois écrire un texte sur Butembo.

- Un roman, une épopée, un récit de voyage ?

- Le « genre » du truc, ça je ne sais pas… Mais donnez-moi quand même des idées ! Parlez-moi donc de Butembo ! Ne vous contentez pas de me dire que les gens, là-bas, sont très travailleurs, très entreprenants (donc très sérieux et très chiants ?) et qu’ils ont réussi à se tenir à l’écart de la guerre qui oppose les FARDC aux troupes du général Laurent Nkundabwatare…Trouvez-moi donc autre chose !

m’introduire dans leur Kinshasa à eux (le palais de chacun, la famille des uns et des autres, les terrasses où tout le monde se retrouve).

Et peut-être aussi

- Pourquoi pas ?

Vincent Kenis qui se trouve en ce moment à Kin et qui a « de l’oreille » (comme d’autres ont « un coup d’oeil») et doit sûrement, lui aussi, avoir plein de trucs (des gens

- Ba mpangi ya Vincent !

des lieux, des histoires, des images et des sons) à me faire connaître, à m’apprendre ou à me raconter, j’imagine, non ?

Je dois faire le plein. Découvrir et

- Chaque personne que je rencontre est un nouveau roman, petite chérie ! A vivre ou à rapporter ! Et les gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils valent en termes de roman… les projets qu’ils entreprennent et les merdes qui leur arrivent, leurs manques de pot et leurs coups de bol, leurs passions et leurs désespoirs… A moi de les aider à « extirper » tout ça, non ?

- Extriper, extorquer, escroquer, oui ! Tu es un grand escroc, douchka ! Escroc moko ya makasi !

- Tous les griots, petite chérie, vivent aux dépens de ceux qui se confient à eux ! Mais ils font aussi leur gloire, non ?

emmagasiner le Kinshasa de chacun. Graver sur mon disque dur les anecdotes et les épopées kinoises, les amener dans mes bagages à Butembo. Pour expliquer, faire

- Kinshasa, la capitale, ses gratte-ciel, ses grands boulevards éclairés ! Kinshasa, la ville des musiciens… de Noël Ngiama Makamba, mieux connu sous le nom de Werrason, alias « Igwe », alias « le Roi de la Forêt », alias « Igwe de la forêt », alias « Le Phénomène », alias « Le vieux qui assure », alias « la Majorité Plurielle » (l’auteur de « Solola bien ») et de Wenge Musica Maison Mère … de Jean Bedel Mpiana wa Tshituka, alias « JB », alias « Jibé », alias « Papa Chéri », alias « Général (maintenant Maréchal) Mukuku », alias « Souverain Ier », alias « Bin Adam » et son groupe Wenge BCBG… de Papa Wemba, alias « Mzee », alias « Kuru Yaka » (tellement connu qu’on ne doit plus le présenter à personne, même à des Bulankos)… de Fally Ipupa (l’auteur de « Droit chemin », un des tubes du moment, un ancien « petit » de chez Koffi), de Hervé Ferré Gola (l’auteur de « Sens interdit », un ancien de chez Werra et de chez Koffi), du « feu follet » Bill Clinton Kalondji (et les Samourais ! un ancien de chez Werra)… de Lutumba Simaro Masiya, alias « Le Poète » et les Bana OK, de Josky Kiambukuta, d’Evoloko Joker, de Koffi Olomide, alias le « Rambo de la musique congolaise », alias « Grand Mopao », alias « Papa Fololo », alias « Sarkozy » et son « Quartier latin international », de Félix Wazekwa alias le « Monstre d’amour » et de son groupe « Cultur’A Pays Vie », de King Kester Emeneya, de Nyoka Longo « Jossart », de Grand’Père « Benz » Bozi Boziana et son groupe Anti-Choc !

- Des chansons salaces tant chez Werra1 que chez Mpiana2 ou Bill Clinton3 et des « Atalaku » qui, sous prétexte d’animation, dansent de façon carrément indécente et poussent des cris obscènes, oui ! Des buildings dont les ascenseurs tombent trop souvent en panne et des boulevards désormais sans éclairage (sauf « le 30 Juin » et quelques autres tronçons d’avenues, au hasard des coupures de courant) et constamment engorgés, oui ! Une ville de rues crevassées et d’avenues trouées, oui ! Et de quartiers entiers menacés par les pluies torrentielles, les inondations et les têtes d’érosions ! Plusieurs centaines de familles « sinistrées » sur les sites Bribano, Socopao et autres dans la commune de Limete… qu’il faut encore reloger ! Et plusieurs autres centaines sur les sites Mataba (à Binza-Delvaux) et Masikita dans la commune de Ngaliema… qui n’ont toujours pas été indemnisés ! Une ville de délestage, de glissements de terrain, d’embouteillage et de chômage, oui ! La route de Matadi complètement défoncée au niveau de Binza-Delvaux… Deux heures de trajet entre l’UPN et le centre-ville… Crois-tu vraiment que Kinshasa puisse encore faire rêver les gens de Butembo, douchka ! N’y tourne-t-on pas plutot les yeux vers l’Afrique de l’Est ou même vers l’Asie, tout en ignorant Kinshasa ? Ne rêve-t-on pas plutôt, là-bas, aujourd’hui, de l’Ouganda et du Kenya, de Dubaï, de l’Inde et, surtout, de la Chine de la région de Canton ? Voire de l’Indonésie, de la Thaïlande, de Singapour et de la Corée ?

rêver, séduire

- Comment s’appellent les habitants de Butembo ? Pour parvenir à les séduire, il faut d’abord que je sois en mesure de les nommer !

de nouveaux amis, « ceux de Butembo » ?

Délestage.

- Encore heureux que, depuis peu, j’aie moins d’apnées et que je ne doive plus porter mon masque respiratoire…

- Et c’est pour cette seule raison que tu n’as plus jamais remis les pieds au Congo depuis dix-sept ans, n’est-ce pas ?

- Ben oui ! C’est ce que je disais aux gens !

- Et c’était vrai ?

- Ben oui !

Au village il n’y a pas de délestage. C’est

- Et à Butembo, il y a du délestage ?

l’inconvénient de vivre en ville. Mais en fin de compte ça ne pose pas tellement de problèmes. Il suffit de s’organiser, de gérer l’improviste, de ne jamais se laisser prendre

- Où sont les allumettes, le sac de makala, les bougies et les lampes à pétrole ? Et le mbabula et le fer à braises ? Merde, j’ai encore oublié de mettre mon portable à la charge ! Où sont le papier cul, mon paquet de Tumbaco, le thermos de café, mon mouchoir et le cendrier ?

totalement au dépourvu…

Le courant, ça vient et ça revient, ça part et ça repart. Il doit bien y avoir un Dieu, quelque part, sardonique et rigolard, qui se joue des gens, actionne des manettes et gère

- Nzambe aye, courant esili ! Dieu est-il corruptible ? Combien coûte-il ? Nzambe aye, courant ezali ! Quel est le montant de l’offrande que Dieu exige pour envoyer du jus aux hommes ?

tout ce bordel : qui sanctionner et qui récompenser, quand et pendant combien de temps. C’est lui qui détermine à quel moment de la journée je travaille et c’est lui qui arrête le programme

- A quand les PC à pétrole ?

de ma soirée. C’est lui qui décide si je fonctionne à la couette (quand la climatisation fonctionne) ou à la bougie. C’est lui qui fixe également l’heure à laquelle (avec les poules ou avec les chauves-souris ?) je me couche… Ce Dieu-là est

- Peut-on le révoquer et le remplacer, ce Dieu-là ? Ses compétences techniques sont-elles incontournables ?

très certainement un big boss bossu, b bb bègue, borgne et boutonneux qui, de toute évidence, prend un malin plaisir à ne communiquer son planning à personne.

Cette situation de dépendance n’est pas pour me déplaire. Elle présente même un certain nombre d’avantages. On ne peut pas facilement

- Ils peuvent toujours (ils n’ont qu’à, quoi !) rendre leurs visites dans l’après-midi, non ?

inviter des gens à passer la soirée (devant la télévision ou au clair de la lune ?) et à manger (des brochettes et des makembas… ou de la kwanga et du makayabu ?) et à boire de la bière (tiède… ou bien tapée ?) à la maison… On ne passe pas tout son temps dans une chambre enfumée à écrire ou

- J’aime lire n’importe quoi, petite chérie ! Tous les bouquins que je trouve sur les étagères de la chambre de Sukina ! Même des romans de Georges Simenon, d’Agatha Christie ou de Charles Exbrayat ! Même des livres pour jeunes ados (Tim Winton, « Tu es une légende », 2003, l’école des loisirs, pour l’édition française) et pour enfants âgés (la série « Arthur » de Luc Besson) ! Tout ce qui me tombe sous la main, quoi ! C’est plutôt chouette, quoi ! Je ne dois pas choisir et j’adore ça ! Je lis même des bouquins que j’ai déjà lus (plusieurs fois !) précédemment ! C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans la combine… L’auteur est désarmé, à poil, dépouillé de sa baguette magique ! Il n’est plus en mesure de « raconter des histoires » à ses lecteurs et de les mener par le bout du nez, à sa guise, comme il veut et où il veut ! Il doit les convaincre autrement ! Et, moi, je ne dois même pas te téléphoner pour te demander de m’expliquer ce qui se passe et de me signaler qui sont les bons et quels sont les méchants !

à lire, on sort de son trou et on cause avec tout le monde… On réduit

- A moins qu’il ne soit s’agisse d’un montant forfaitaire, douchka…

le montant de la facture d’électricité mais on n’effectue certainement pas d’économies sur d’autres postes du budget : les bougies, les allumettes, le pétrole et le charbon de bois…

Pas de courant, qu’est-ce qu’on fait alors ?

On va boire, tiens ! Et manger des brochettes ! Et de petites bananes frites (et du pili-pili poussière) !

Avec NCJ, à pied, dans un bar-boutique des environs, à « La Bénédiction de Dieu ». En terrasse.

Trois grosses liasses d’argent sont exposées sur une des tables installées à front de rue. Ostensiblement. Koffi Olomide (« Danger de mort »), Kalonji Bill Clinton (« Bompikiriki »), JB Mpiana (« Kipe ya yo »), Werrason (« Lidusu »), Ferre Gola (« Sens interdit »), Fally Ipupa (« Droit chemin ») et Papa Wemba (« Okoningana ») se relaient avec bonheur, sans copiner peut-être mais sans non plus se disputer, dans les baffles. On vide quelques bouteilles de Primus. Bien tapées. Chacun sa bouteille. Huit (ou neuf ?). Moins d’un casier. On les pisse, pisse, pisse, pisse, les unes après les autres

- Nake na sima !

tout au fond d’une parcelle, un peu plus loin, discrètement, entre deux carcasses de bus. Quelqu’un y a mis sécher du linge. A l’intérieur. A l’abri d’une pluie éventuelle. Etendu sur des banquettes.

La boutique-bar « La Bénédiction de Dieu » est un bureau de change, un repaire de cambistes, quoi ! Les voitures

- Les piétons aussi mais ils sont moins visibles...

frôlent, regardent, s’arrêtent. On achète des francs congolais et on vend

- Des euros ?

- C’est moins courant !

des dollars. Ou l’inverse. Furtivement. Comme on vendrait du diamba. Mais à l’aise. Sans devoir montrer sa carte d’identité à aucun guichetier. Avec soin. On compte, on vérifie, on empoche.

Après « La Bénédiction de Dieu », quelques jours plus tard, à Kingabwa, avec Nzeza (qui m’a fait visiter l’UCM, ses salles de cours et son cyber-café) et son équipe

- Médard, Laurent, Thierry… Et encore un autre gars, petite chérie, dont je n’ai pas retenu le nom !

de formateurs en informatique, on visite

- On y boit de la Primus ou de la Skol, on y mange du makayabu, on y grignote des arachides…

un temple de la même obédience : « Le plaisir de Dieu ».

Ces églises-là me conviennent plutôt bien. J’en suis, très volontiers, le paroissien.

1 « Ah, Lidusu ! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu ! »


2 « Le poisson a combien de parties ? Trois parties ! Ah, Citez-les : Mutu, Libumu na Lopele, pele, pele, pele ! Elengi ya Lopele ! Est-ce que vous voulez danser Lopele ? Oui ! Pesa mokongo, tanda biloko… »


3 « Biloko ya mama, ezalaka elengi na nzoto ya papa ! Biloko ya papa, ezalaka elengi na nzoto ya mama ! Biloko ya Loli, ezalaka elengi na nzoto ya Christian ! Caleçons ya bango na bigidi petepete ! Caleçons ya bango ekomi petepete ! Bazalaka lolendo ya pamba, bigidi petepete ! Oladi mudinde, eh, mudinde, eh, longola buaka ! »



Ecrire à Butembo - Chapitre 4 - Yolo-Nord - C’est quoi ton problème ?

Didier de Lannoy
Butembo
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
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Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
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et http://anaco2.blogspot.com/





Yolo-Nord

C’est quoi ton problème ?


Pour arriver à Yolo-Nord en venant de chez

- J’ai aussi vu leur fille, Bibiane ! Avant qu’elle n’aille au boulot ou je ne sais où, à pied (ou en hélicoptère, envolée pour ailleurs, partie dans un autre monde ?) ou en taxibus…

Anastase Nzeza et Marie Tumba

- Et j’ai enfin, petite chérie, fait la connaissance d’Anaya qui, sans aucun doute, incarne, pour ses parents, l’avenir du Congo et le refus obstiné et déterminé de toute désespérance…Et je n’ai pas oublié de lui remettre un petit cadeau de notre part à tous les deux !

et en passant par le rond-point Ngaba, on est obligé de traverser, en jeep, prudemment, très difficilement, d’énormes trous

- Ce ne seraient pas ces trous-là, douchka, que des habitants du quartier appelleraient, je ne sais plus… soki « Lacs Kabila », soki « Lacs Gizenga », soki nini… ? Il me semble avoir lu ou entendu quelque chose dans le genre quelque part ou ailleurs, non ?

- Je te trouve très tendancieuse, petite chérie ! Je ne répondrai pas à ta question !

- Faux cul !

- Mais non, petite chérie, mais non… « Tendancieuse », ça veut seulement dire, aujourd’hui, à Kinshasa, que tu es à la mode, que tu es dans le « mouve », non ? C’est mauvais peut-être ?

d’eau boueuse, grands comme des excavations de chantier, creusés en plein milieu de l’avenue de l’Université…

Avenue ex-Monseigneur Six. Avenue Bolobo.

Je dois, absolument, rendre visite à Mama Kulutu, la sœur de Marie-Denise. Maman Kulutu me demande

- Emmanuelle akoli vraiment !

- Emmanuelle ? Nani wana ? Qui c’est ça ?

- Emma, ko! Mwana ya Nadine ! Koko na yo ! Ta petite fille!

- Aaaaaah, Sukina !

des nouvelles de tous les gens de Bruxelles : Marie-Denise, Ana, Anselme, Arnaud, Hortense, Djuna, Carmel, Lianja… Elle est toujours aussi belle et aussi gentille mais, quand on la regarde à la dérobée

- Nadine m’avait pourtant prévenu !

on peut lire une grande lassitude et beaucoup de tristesse dans ses yeux.

Tout le monde habite chez elle. Tout le monde est, d’une manière ou d’une autre, à sa charge. Des fils qui ne font pas grand-chose

- La plupart des filles sont à Paris… Elles envoient de l’argent à leur mère quand elles le peuvent… mais elles ne vivent pas non plus dans le luxe là-bas… et ce n’est pas toujours facile pour elles…

et leurs épouses qui ne font guère plus. Des neveux (les enfants de Noko Fabien ou de Noko Albert, etc) et toute une flopée de petits-enfants (ceux de Clémentine, de José, de NCJ, etc) dont je n’ai pas pu retenir le nom (sauf Jimmy, le fils de NCJ et de Noëlie, le petit frère de Maria). Et même Suke Bola, toujours marié et toujours aussi nostalgique

- Suke Bola me demande des nouvelles de Lita Bembo, ce qu’il fait à présent, s’il s’en sort à Bruxelles, comment il se débrouille…

de l’orchestre Stukas mais toujours au chômage et toujours sans ressources.

- Suke Bola me demande si je compte faire le tour de tous les endroits où j’ai habité ou travaillé à Kinshasa. Je lui réponds que je ferai ça plus tard, dans mon cercueil, avant d’aller au cimetière !

- Même pas ta première maison à Kinshasa, rue de Mpangu, n°16, juste à côté ?

- Même pas ! D’autant plus qu’on m’a dit que la parcelle est à présent, clôturée !

César, alias « Qui Saura », n’habite plus le palais qu’il occupait dans le temps, pas loin de Kapella et de chez Maître Taureau, mais s’est installé

- Quelque part à Kalamu, évidemment, c’est « sa commune » ! Et de préférence à Yolo

- Nord ou Sud, douchka ?

- Yolo-Nord ou dans les environs immédiats, petite chérie ! Chaque quartier est un ghetto, me dit Nadine, une base, un socle… Ce sont des amis, des voisins, des habitudes, des amourettes, des bars, des aventures, des références, une histoire partagée ! On reste toujours fidèle à son ghetto ! A l’extérieur, on n’est plus rien ou pas grand-chose…

dans les environs, au camp Kauka, paraît-il. J’évite cependant

- On a trop bu hier soir, NCJ et moi. On ne va pas remettre ça aujourd’hui en plein après-midi… Je repasserai.

d’envoyer quelqu’un à sa recherche. Et je me retiens aussi d’aller

- Toujours la même parcelle ?

- Toujours ! Mais le 11.12.13 est fermé, depuis le temps, évidemment…

dire bonjour à Evoloko Joker…

Excellente nouvelle. La Tempeta de Oro, certes, n’existe plus (et le Rio de Suba-Suba n’y coule plus, à l’intérieur, pour les saoulards et les ballados du quartier) mais

- Où ai-je donc écrit (récemment !) ça, que Champro était mort ? C’est Asimba Bathy qui nous avait annoncé la triste nouvelle, chez Alain et Françoise… Il avait confondu le King et un autre Champro, sans doute… Bon, un rectificatif s’impose…


Et merde… Je travaille sur un nouveau clavier…

- Chinois… Prêté obligeamment par Jean-Luc Delsemme… (bonjour, Jean-Luc, merci à toi… nous ne nous sommes pas beaucoup vus durant mon séjour… ou même pas du tout… tu m’excuseras, limbisa ngai… mais c’était un point de « méthode » auquel je tenais : je voulais écrire « à » et « sur » Kinshasa sans mettre les pieds à la Gombe… fais-moi quand même savoir que je suis pardonné )…

et je ne trouve pas la touche du point d’exclamation… Va-t-il falloir que je change encore de style et de personnalité… Et que je me familiarise avec le point de suspension… C’est râlant…

Mais ouf ! Voilà que le point d’exclamation est revenu ! « L’autre Marco », le copain de Kako, m’a montré comment faire ! Il suffisait de taper sur la touche du 8 !

Vite, j’en profiiite !!!


Champro-Mitterrand de Monaco, Champro King ! le copain d’Emoro, le voisin de Djo Mali (avant que celui-ci ne parte à Bruxelles) est toujours vivant. Bel et bien et bon vivant.

- Toujours « fringant », me confirme NCJ (ce n’est pas exactement le mot utilisé par NCJ mais c’est tout comme)

On passe devant chez lui. Je ne vois pas le « Champ » à l’extérieur. On

- Passons ! C’est très embarrassant ! Peut-on rendre visite à quelqu’un dont on a annoncé la mort à quelques dizaines (au moins) de personnes ? Doit-on lui présenter des excuses (okosenga ata pardon te ?)… Lesquelles ? Pourrait-il mal prendre la chose ? Souffre-t-il du diabète ? Est-il émotif ? A-t-il le coeur sensible ? Croit-il en ma sorcellerie ?

ne s’arrête pas. Je me dis

- Tu dis toujours ça, douchka…

que je repasserai…

Et voilà.

Je devrais être en mesure, à présent, de donner un premier élément de réponse à une des nombreuses questions que Muka, alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique », ne manquera certainement pas de me poser :

- Kinshasa a beaucoup changé, douchka ?

- Sans doute, sans doute (deux à trois fois plus d’habitants qu’avant, on tend vers les dix millions… beaucoup de boutiques, beaucoup d’ateliers, beaucoup de nouvelles constructions, presque plus aucun espace vert entre les différentes communes, beaucoup de voitures et de 4x4, beaucoup de « roulages » qui sécurisent la ville, sermonnent les automobilistes mais, apparemment, ne passent pas leur temps à les racketter1, beaucoup de stations-service, beaucoup de chaînes de télévision, beaucoup de journaux, beaucoup de compagnies d’aviation, une énorme énergie qui commence à s’activer) (mais aussi, me dit-on… beaucoup d’enfants de plus de dix ans qui n’ont jamais été à l’école… beaucoup de jeunes glandeurs qui ne connaissent rien d’autre de Kinshasa que leur quartier-ghetto… et qui, quelquefois, en meute, la nuit, se lancent à l’assaut des « écuries » ou des « clubs sportifs » ennemis, ceux qui contrôlent les territoires voisins … et qui, armés de tournevis et de tessons de bouteilles, interpellent les ivrognes, les sorciers, les poètes, les amants clandestins, les pasteurs en divagation…et les dépouillent de leurs montres, téléphones, chemises, chaussures : « phénomène Kuluna », dit-on) mais moi pas...

- Comment ça, « toi pas », douchka ? Explique !

- Moi, je n’ai pas changé ! Pas mal de gens m’ont demandé mon numéro de téléphone…

- Et alors ?

- A certains d’entre eux, j’ai donné mon numéro, bien sûr… mais celui de Bruxelles pas celui de Kinshasa (Sukina m’a prêté un de ses portables et aussi un de ses numéros d’appel) (et son « jouet » du moment, Brian, n’arrête pas de m’envoyer des SMS, surtout la nuit, quand je viens à peine de m’endormir, oh !). Et j’ai oublié de prendre le leur.

- A qui tu as fait le coup, salopard ?

- Je ne te le dirai pas !

- Tu es toujours aussi dégueulasse, douchka !

- Meuuuuunon… C’était pour rire, petite chérie, évidemment ! J’rigole, (comme dirait Lianja) !

Et Butembo, déjà, jalousement, m’interpelle et me demande ce qu’il (ou elle) devient dans tout ça ?

- C’est ça ! C’est bien ce qu’on pouvait craindre ! On n’aurait jamais dû t’autoriser à faire escale à Kinshasa. Tu te retrouves à Yolo-Nord et déjà tu m’as oublié(e) ?

Mawa vraiment.

1 Changement de mentalité ? Sans aucun doute ! Mais il y a quand même des « poches de résistance »…

On me dit, certes, qu’il n’est pas conseillé de « faire appel à un colonel » pour se tirer des flûtes lorsqu’on est arrêté par des « roulages »… Informé de l’affaire, le général Jean de Dieu Oleko, inspecteur provincial et grand patron de la police de la ville de Kinshasa, n’hésiterait pas, dit-on, à interpeller le colon. Et tout le monde risquerait alors de finir la journée au poste. Et de devoir « s’y expliquer ».

Mais on me rapporte également l’histoire d’un automobiliste dont la voiture se serait ensablée sur une route en très mauvais état, aux environs du site de Kikimi, à une centaine de mètres d’un groupe de policiers, assis sur des chaises en plastique à proximité d’un passage particulièrement difficile… et attendant des « clients »… Les policiers n’auraient fait aucun signe au conducteur pour le prévenir du danger mais

- Changement de mentalité ! Infraction !

lui auraient collé une

- Une chèvre ?

- Non, des dollars ! Entre dix et vingt dollars… Le montant qu’on réclame habituellement au conducteur ou au passager (assis à l’avant) qui aurait négligé de mettre sa ceinture de sécurité.

amende salée… avant de lui « proposer leurs services » pour l’aider à dégager son véhicule… Le « changement de mentalité » prôné par les autorités ne serait pas toujours entendu dans le sens qu’il faudrait ?