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mardi 20 avril 2010

Ecrire à Butembo - Page de couverture

Didier de Lannoy

alias « Vieux ba Diamba »


Ecrire à Butembo

« On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop peut-être ? »


Compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa

Suivi d’un conte ampliatif, pas du tout pour enfants, « La princesse et le chasseur »




Ces textes ont été écrits à Kinshasa, entre* le 23 novembre 2007 et le 11 janvier 2008

pour et/ou avec le concours, notamment, involontaire ou complice, de (dans l’ordre alphabétique des « prénoms », comme il se doit) :

Abdou Maliq

Anastase Nzeza Bilakila, alias « Ya Nze »

Anaya

Bibish Mumbu

Cédric

César Lumbu, alias « Qui Saura »

Citronnelle

Clément Ndjoli Junior, alias « NCJ »

Filip De Boeck

In Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones »

Jean-Pierre Kabeya Nyonga

Muka, alias « Petite Chérie », alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique »

et notre fille cadette, Nadine, alias « Gododo », alias « Petit Bal », alias « Mère Courage »



* J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
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Ecrire à Butembo - Chapitre 3 - A « La Bénédiction de Dieu » - Yesu kaka !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
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A « La Bénédiction de Dieu »

Yesu kaka !


NCJ, préposé par Nadine à mon transport et à ma « sécurité »

- D’ailleurs, NCJ porte des lunettes fumées ! Comme Antilope, son père, lorsque celui-ci travaillait à l’ Agence ou au Centre National de Documentation (c’est comme cela qu’on appelait la Sûreté, sous le règne de Mobutu Ier, non ?) après avoir, avant l’Indépendance, bossé aussi, sans doute, pour les « services » du Congo belge.

espère une nouvelle panne de courant. Que je cesse de tapoter sur mon clavier.

Et que je sorte de ma chambre. Qu’il puisse me présenter son Kinshasa et, plus particulièrement, son Yolo-Nord. Qu’on parte à la recherche de

- « Qui Saura » est toujours à Kin ! Il n’est pas encore retourné à Luanda ! Y retournera-t-il jamais ?

César, alias « Qui Saura », le papa de Didiana et de Djuli. Et, aussi, qu’on aille ensemble écouter Evoloko Joker à La Crèche, un dimanche soir…

Vincent Lombume Kalimasi, Bibish Mumbu, Asimba Bathy et

- Le Kinshasa de Chéri Samba, je le connais déjà un peu mais un approfondissement et une mise à jour s’imposent certainement !

Freddy Tsimba doivent

- Et à quoi tu occupes tes journées, Vié ?

- Je dois écrire un texte sur Butembo.

- Un roman, une épopée, un récit de voyage ?

- Le « genre » du truc, ça je ne sais pas… Mais donnez-moi quand même des idées ! Parlez-moi donc de Butembo ! Ne vous contentez pas de me dire que les gens, là-bas, sont très travailleurs, très entreprenants (donc très sérieux et très chiants ?) et qu’ils ont réussi à se tenir à l’écart de la guerre qui oppose les FARDC aux troupes du général Laurent Nkundabwatare…Trouvez-moi donc autre chose !

m’introduire dans leur Kinshasa à eux (le palais de chacun, la famille des uns et des autres, les terrasses où tout le monde se retrouve).

Et peut-être aussi

- Pourquoi pas ?

Vincent Kenis qui se trouve en ce moment à Kin et qui a « de l’oreille » (comme d’autres ont « un coup d’oeil») et doit sûrement, lui aussi, avoir plein de trucs (des gens

- Ba mpangi ya Vincent !

des lieux, des histoires, des images et des sons) à me faire connaître, à m’apprendre ou à me raconter, j’imagine, non ?

Je dois faire le plein. Découvrir et

- Chaque personne que je rencontre est un nouveau roman, petite chérie ! A vivre ou à rapporter ! Et les gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils valent en termes de roman… les projets qu’ils entreprennent et les merdes qui leur arrivent, leurs manques de pot et leurs coups de bol, leurs passions et leurs désespoirs… A moi de les aider à « extirper » tout ça, non ?

- Extriper, extorquer, escroquer, oui ! Tu es un grand escroc, douchka ! Escroc moko ya makasi !

- Tous les griots, petite chérie, vivent aux dépens de ceux qui se confient à eux ! Mais ils font aussi leur gloire, non ?

emmagasiner le Kinshasa de chacun. Graver sur mon disque dur les anecdotes et les épopées kinoises, les amener dans mes bagages à Butembo. Pour expliquer, faire

- Kinshasa, la capitale, ses gratte-ciel, ses grands boulevards éclairés ! Kinshasa, la ville des musiciens… de Noël Ngiama Makamba, mieux connu sous le nom de Werrason, alias « Igwe », alias « le Roi de la Forêt », alias « Igwe de la forêt », alias « Le Phénomène », alias « Le vieux qui assure », alias « la Majorité Plurielle » (l’auteur de « Solola bien ») et de Wenge Musica Maison Mère … de Jean Bedel Mpiana wa Tshituka, alias « JB », alias « Jibé », alias « Papa Chéri », alias « Général (maintenant Maréchal) Mukuku », alias « Souverain Ier », alias « Bin Adam » et son groupe Wenge BCBG… de Papa Wemba, alias « Mzee », alias « Kuru Yaka » (tellement connu qu’on ne doit plus le présenter à personne, même à des Bulankos)… de Fally Ipupa (l’auteur de « Droit chemin », un des tubes du moment, un ancien « petit » de chez Koffi), de Hervé Ferré Gola (l’auteur de « Sens interdit », un ancien de chez Werra et de chez Koffi), du « feu follet » Bill Clinton Kalondji (et les Samourais ! un ancien de chez Werra)… de Lutumba Simaro Masiya, alias « Le Poète » et les Bana OK, de Josky Kiambukuta, d’Evoloko Joker, de Koffi Olomide, alias le « Rambo de la musique congolaise », alias « Grand Mopao », alias « Papa Fololo », alias « Sarkozy » et son « Quartier latin international », de Félix Wazekwa alias le « Monstre d’amour » et de son groupe « Cultur’A Pays Vie », de King Kester Emeneya, de Nyoka Longo « Jossart », de Grand’Père « Benz » Bozi Boziana et son groupe Anti-Choc !

- Des chansons salaces tant chez Werra1 que chez Mpiana2 ou Bill Clinton3 et des « Atalaku » qui, sous prétexte d’animation, dansent de façon carrément indécente et poussent des cris obscènes, oui ! Des buildings dont les ascenseurs tombent trop souvent en panne et des boulevards désormais sans éclairage (sauf « le 30 Juin » et quelques autres tronçons d’avenues, au hasard des coupures de courant) et constamment engorgés, oui ! Une ville de rues crevassées et d’avenues trouées, oui ! Et de quartiers entiers menacés par les pluies torrentielles, les inondations et les têtes d’érosions ! Plusieurs centaines de familles « sinistrées » sur les sites Bribano, Socopao et autres dans la commune de Limete… qu’il faut encore reloger ! Et plusieurs autres centaines sur les sites Mataba (à Binza-Delvaux) et Masikita dans la commune de Ngaliema… qui n’ont toujours pas été indemnisés ! Une ville de délestage, de glissements de terrain, d’embouteillage et de chômage, oui ! La route de Matadi complètement défoncée au niveau de Binza-Delvaux… Deux heures de trajet entre l’UPN et le centre-ville… Crois-tu vraiment que Kinshasa puisse encore faire rêver les gens de Butembo, douchka ! N’y tourne-t-on pas plutot les yeux vers l’Afrique de l’Est ou même vers l’Asie, tout en ignorant Kinshasa ? Ne rêve-t-on pas plutôt, là-bas, aujourd’hui, de l’Ouganda et du Kenya, de Dubaï, de l’Inde et, surtout, de la Chine de la région de Canton ? Voire de l’Indonésie, de la Thaïlande, de Singapour et de la Corée ?

rêver, séduire

- Comment s’appellent les habitants de Butembo ? Pour parvenir à les séduire, il faut d’abord que je sois en mesure de les nommer !

de nouveaux amis, « ceux de Butembo » ?

Délestage.

- Encore heureux que, depuis peu, j’aie moins d’apnées et que je ne doive plus porter mon masque respiratoire…

- Et c’est pour cette seule raison que tu n’as plus jamais remis les pieds au Congo depuis dix-sept ans, n’est-ce pas ?

- Ben oui ! C’est ce que je disais aux gens !

- Et c’était vrai ?

- Ben oui !

Au village il n’y a pas de délestage. C’est

- Et à Butembo, il y a du délestage ?

l’inconvénient de vivre en ville. Mais en fin de compte ça ne pose pas tellement de problèmes. Il suffit de s’organiser, de gérer l’improviste, de ne jamais se laisser prendre

- Où sont les allumettes, le sac de makala, les bougies et les lampes à pétrole ? Et le mbabula et le fer à braises ? Merde, j’ai encore oublié de mettre mon portable à la charge ! Où sont le papier cul, mon paquet de Tumbaco, le thermos de café, mon mouchoir et le cendrier ?

totalement au dépourvu…

Le courant, ça vient et ça revient, ça part et ça repart. Il doit bien y avoir un Dieu, quelque part, sardonique et rigolard, qui se joue des gens, actionne des manettes et gère

- Nzambe aye, courant esili ! Dieu est-il corruptible ? Combien coûte-il ? Nzambe aye, courant ezali ! Quel est le montant de l’offrande que Dieu exige pour envoyer du jus aux hommes ?

tout ce bordel : qui sanctionner et qui récompenser, quand et pendant combien de temps. C’est lui qui détermine à quel moment de la journée je travaille et c’est lui qui arrête le programme

- A quand les PC à pétrole ?

de ma soirée. C’est lui qui décide si je fonctionne à la couette (quand la climatisation fonctionne) ou à la bougie. C’est lui qui fixe également l’heure à laquelle (avec les poules ou avec les chauves-souris ?) je me couche… Ce Dieu-là est

- Peut-on le révoquer et le remplacer, ce Dieu-là ? Ses compétences techniques sont-elles incontournables ?

très certainement un big boss bossu, b bb bègue, borgne et boutonneux qui, de toute évidence, prend un malin plaisir à ne communiquer son planning à personne.

Cette situation de dépendance n’est pas pour me déplaire. Elle présente même un certain nombre d’avantages. On ne peut pas facilement

- Ils peuvent toujours (ils n’ont qu’à, quoi !) rendre leurs visites dans l’après-midi, non ?

inviter des gens à passer la soirée (devant la télévision ou au clair de la lune ?) et à manger (des brochettes et des makembas… ou de la kwanga et du makayabu ?) et à boire de la bière (tiède… ou bien tapée ?) à la maison… On ne passe pas tout son temps dans une chambre enfumée à écrire ou

- J’aime lire n’importe quoi, petite chérie ! Tous les bouquins que je trouve sur les étagères de la chambre de Sukina ! Même des romans de Georges Simenon, d’Agatha Christie ou de Charles Exbrayat ! Même des livres pour jeunes ados (Tim Winton, « Tu es une légende », 2003, l’école des loisirs, pour l’édition française) et pour enfants âgés (la série « Arthur » de Luc Besson) ! Tout ce qui me tombe sous la main, quoi ! C’est plutôt chouette, quoi ! Je ne dois pas choisir et j’adore ça ! Je lis même des bouquins que j’ai déjà lus (plusieurs fois !) précédemment ! C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans la combine… L’auteur est désarmé, à poil, dépouillé de sa baguette magique ! Il n’est plus en mesure de « raconter des histoires » à ses lecteurs et de les mener par le bout du nez, à sa guise, comme il veut et où il veut ! Il doit les convaincre autrement ! Et, moi, je ne dois même pas te téléphoner pour te demander de m’expliquer ce qui se passe et de me signaler qui sont les bons et quels sont les méchants !

à lire, on sort de son trou et on cause avec tout le monde… On réduit

- A moins qu’il ne soit s’agisse d’un montant forfaitaire, douchka…

le montant de la facture d’électricité mais on n’effectue certainement pas d’économies sur d’autres postes du budget : les bougies, les allumettes, le pétrole et le charbon de bois…

Pas de courant, qu’est-ce qu’on fait alors ?

On va boire, tiens ! Et manger des brochettes ! Et de petites bananes frites (et du pili-pili poussière) !

Avec NCJ, à pied, dans un bar-boutique des environs, à « La Bénédiction de Dieu ». En terrasse.

Trois grosses liasses d’argent sont exposées sur une des tables installées à front de rue. Ostensiblement. Koffi Olomide (« Danger de mort »), Kalonji Bill Clinton (« Bompikiriki »), JB Mpiana (« Kipe ya yo »), Werrason (« Lidusu »), Ferre Gola (« Sens interdit »), Fally Ipupa (« Droit chemin ») et Papa Wemba (« Okoningana ») se relaient avec bonheur, sans copiner peut-être mais sans non plus se disputer, dans les baffles. On vide quelques bouteilles de Primus. Bien tapées. Chacun sa bouteille. Huit (ou neuf ?). Moins d’un casier. On les pisse, pisse, pisse, pisse, les unes après les autres

- Nake na sima !

tout au fond d’une parcelle, un peu plus loin, discrètement, entre deux carcasses de bus. Quelqu’un y a mis sécher du linge. A l’intérieur. A l’abri d’une pluie éventuelle. Etendu sur des banquettes.

La boutique-bar « La Bénédiction de Dieu » est un bureau de change, un repaire de cambistes, quoi ! Les voitures

- Les piétons aussi mais ils sont moins visibles...

frôlent, regardent, s’arrêtent. On achète des francs congolais et on vend

- Des euros ?

- C’est moins courant !

des dollars. Ou l’inverse. Furtivement. Comme on vendrait du diamba. Mais à l’aise. Sans devoir montrer sa carte d’identité à aucun guichetier. Avec soin. On compte, on vérifie, on empoche.

Après « La Bénédiction de Dieu », quelques jours plus tard, à Kingabwa, avec Nzeza (qui m’a fait visiter l’UCM, ses salles de cours et son cyber-café) et son équipe

- Médard, Laurent, Thierry… Et encore un autre gars, petite chérie, dont je n’ai pas retenu le nom !

de formateurs en informatique, on visite

- On y boit de la Primus ou de la Skol, on y mange du makayabu, on y grignote des arachides…

un temple de la même obédience : « Le plaisir de Dieu ».

Ces églises-là me conviennent plutôt bien. J’en suis, très volontiers, le paroissien.

1 « Ah, Lidusu ! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu ! »


2 « Le poisson a combien de parties ? Trois parties ! Ah, Citez-les : Mutu, Libumu na Lopele, pele, pele, pele ! Elengi ya Lopele ! Est-ce que vous voulez danser Lopele ? Oui ! Pesa mokongo, tanda biloko… »


3 « Biloko ya mama, ezalaka elengi na nzoto ya papa ! Biloko ya papa, ezalaka elengi na nzoto ya mama ! Biloko ya Loli, ezalaka elengi na nzoto ya Christian ! Caleçons ya bango na bigidi petepete ! Caleçons ya bango ekomi petepete ! Bazalaka lolendo ya pamba, bigidi petepete ! Oladi mudinde, eh, mudinde, eh, longola buaka ! »



Ecrire à Butembo - Chapitre 20 - Journées d’audiences, je reçois - Visa bomengo !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
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Journées d’audiences, je reçois

Visa bomengo !


Kokoko ! C’est le bonheur qui frappe à la porte !

C’est Nkoy ! Venu m’apporter des nouvelles de Mayivenga, de Kandolo Mbombo, de sa famille…

Et m’amenant

- Ça vient de ton jardin ?

- Non, du marché !

des safus, des petites aubergines, des concombres, un ananas, des arachides…

Veuf depuis peu, ayant eu huit enfants avec son épouse, Nkoy envisage, vers 2009

- Si j’en ai les moyens !

d’engager une autre femme…

Kokoko !

C’est « Qui Saura »… Enfin ! Et

- C’est la première fois que je vois mon aîné, me dit-il, et que lui-même me voit, moi, son père… depuis quinze ans, tu te rends compte ! Depuis que j’ai quitté le Congo (qui s’appelait encore le Zaïre, à l’époque) et que je me suis « exilé » en Angola ! C’était en 1992…

son fils Didiana !

« Qui Saura » était parti faire fortune (découvrir le monde ou chercher l’aventure) à Luanda et… est revenu se faire soigner à Kinshasa. Comme un repenti. Comme un pénitent. Pas loin du quartier où il a grandi. Presque à la maison… Un problème de cataracte

- A Luanda, l’hôpital coûte trop cher ! J’ai péféré me faire opérer à Limete, à l’hôpital Saint-Joseph !

à l’œil droit. Il habite, à présent, le camp Kauka, avenue de l’Hôpital, chez les parents de son ancienne copine, Linda

- Elle ne t’a jamais remplacé ? Elle ne s’est jamais mariée ?

- Elle prie !

la mère de son premier enfant.

Nkoy m’a amené des fruits et des légumes… « Qui Saura », pour sa part, me montre son carnet de mariage (il a

- Petit poussin ?

deux autres enfants avec une Angolaise avec qui ou chez qui il vit à Luanda… et qui en avait déjà cinq ou sept, je ne sais plus), sa carte d’électeur et ses factures d’hôpital et l’ordonnance

- Didiana est malade ?

- Malaria et typhoïde, comme tout le monde !

- Je vais voir ce que je peux faire… Mais ce ne sera pas grand-chose… Je suis à présent retraité, sous-pensionné et désargenté, presqu’un « cas social »… Et, ici, je vis aux crochets de ma fille !

délivrée à son fils…

D’après « Qui Saura », la typhoïde se serait répandue dans tout Kinshasa à cause, notamment, de la revente en pleine rue

- Eau pire ! Eau pire !…

au prix de cinquante francs congolais, de sachets d’« eau pure » (à entailler d’un coup de dent) dont les emballages ne sont pas toujours stérilisés …

« Qui Saura », un vieux copain, un bon fumeur aussi, beaucoup

- Et Maître Lopez, qu’est-il devenu ?

- Lui aussi est à Luanda ! Il se débrouille comme il peut ! Il essaie de se démerder dans le commerce des voitures, les « occasions d’Europe », mais ce n’est pas toujours facile !

d’aventures partagées, beaucoup de nuits entières passés ensemble, avec « Tantine Betena » et « Motema Magique », chez Tonton Mbaki, au Self Control et partout ailleurs

- Fano est mort et le Self est devenu un lieu de culte, petite chérie ! La parcelle du Self a été loué par Maître Taureau à l’église « Armée de la Victoire » du pasteur Kutino, celui qui a été arrêté au stade… et qui réside actuellement dans un des pavillons « militaires » du Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Kinshasa, CPRK (ex Prison centrale de Makala) !

- Et dont la vache a été poignardée lors de son arrestation, douchka ?

- Lui-même, petite chérie ! L’Archibishop ! Ses fidèles venaient de lui cadonner une vache en offrande et, au moment même de l’interpellation de « Papa Archi », sa vache-cadeau a été méchamment chourinée et saignée par des « éléments » ! En public ! Devant la foule des supporters et des cotisants ! La vache-cadeau a été ignominieusement exécutée par des soudards, fumeurs de diamba et buveurs de lotoko alors que son « destin sacré » était d’être immolée, dans les bonnes règles, par des sacrificateurs agréés, sniffeurs de myrrhe et d’encens, buveurs de vin béni !

- Mawa vraiment ! Il n’y a plus de respect, douchka !


« Qui Saura » me donne à lire quelques numéros de « Ne Congo News », le « Journal du Bas-Congo », imprimé par Biaka Press (34e Rue à Kinshasa/Kimbangu) et faisant partie du groupe de presse « Disco Magazine » mais dont la direction générale se trouve à Mbanza-Ngungu et…

surtout, surtout, surtout…

un des derniers numéros (le « spécial n°26 ») de sa revue à lui, « Disco Flash » ! qu’il publie à Luanda, en français, à l’intention de toute la communauté des Congolais, creuseurs ou

- Ceux qui attendent au bord de la rivière, sous des parasols … tandis que les plongeurs remontent à la surface avec des sacs de graviers à tamiser…

coxeurs, commissionnaires ou acheteurs … mais tous mélomanes et sapeurs, qui ont raté l’avion pour Mpoto

- Les « Ngulu » ratés, qui n’ont pas pu trouver les quelques quatre mille dollars qui leur auraient permis d’intégrer l’une ou l’autre des filières d’émigration clandestine mises sur pied par des responsables d’orchestres de musique congolaise moderne, de fédérations sportives et d’équipes de football, d’églises du charivari ou d’ONG de défense des droits de l’homme ou « de développement »…

et par certains personnels d’ambassades étrangères dûment installées à Kinshasa) et se sont reconvertis dans le secteur du diamant, résident en Angola et quelquefois

- C’est plus commode !

ont opté pour la nationalité angolaise.

En page 3, je découvre la liste des correspondants du magazine à l’étranger. Ce sont, pour Bruxelles et toute la Belgique : Didier de Lannoy, Ana Lanzas, le docteur Peter Persyn, Colette « Break » et même ce « môdit Frinçais » (comme dirait une voisine, Canadienne évidemment)

- Tu n’aurais pas son adresse, son e-mail, son numéro de téléphone ?

de Daniel Derrien…

La vedette incontestable du « spécial numéro 26 » de Disco Flash est Didy-Kinuani (apparaissant en page de couverture mais aussi en pages 4, 8 et 9 et en dernière page), alias D.K., un « Fils du Bandundu », l’« Homme sans concurrent », le « Maître de tous les diamantaires »

- L’or, l’argent et le diamant appartiennent à Dieu mais le prix, c’est Didy-Kinuani, l’Infinitif !

de Cafunfo, le « Meilleur acheteur d’Afrique », le « Boss des Boss », le « Mega Boss », le « Fils de Jésus », l’ « Ami des Super Puissants Américains », l’ « Homme du moment », l’ « Humaniste dans le vrai sens du mot » qui a « le sens d’aider des personnes délaissées en vue de leur rendre la vraie joie de vivre », le bienfaiteur des malades, des éprouvés et des creuseurs

- Soki yo te, nani mosusu ?

l’homme « le plus immortalisé » et « le plus chanté », l’ « Esprit du 3e millénaire »… accompagné d’Amida, sa jeune et jolie princesse, à la peau jaune, laquée, aux longs cheveux postiches, aux hanches confortables…

Amida, la boudeuse, la lascive, l’alanguie ? … la sauvage, la cruelle, l’ombrageuse ? … la distante, l’orgueilleuse, la dédaigneuse ? … se pinçant les lèvres et ne montrant pas les dents…

Amida, « habillée nue » dans une robe fourreau sans manches (qui, sur les photos, semble tissée de fibres de métal jaune), fendue sur le côté et largement décolletée…

Amida, dont les seins joufflus, les cuisses fermes, les épaules consistantes et toutes les autres chairs visibles et onctueuses… brillent, incendient, brasillent …

Amida, la « Première conseillère » de Didy-Kinuani, la « Mère des mères » … et qui vient d’ouvrir un magasin d’habillement en ville...

- Dans quelle ville, douchka ? A Luanda… Ne serait-ce pas, plutôt, à Kinshasa, du côté du Grand Hôtel ou du rond-point Forescom ?

Amida, « Mwasi ya Batu » ? l’ancienne compagne de quelqu’un d’autre, me glisse-t-on dans l’oreille, un musicien célèbre ?

Amida, une femme en or, en argent et en diamant… Une pépite que son mari, acheteur de grosses pierres, exhibe… et que

- J’affabule !

convoitent aussi, secrètement, chacun de ses jeunes et fringants collaborateurs : Petillar Wassenga, le conseiller aux acquisitions, Savanet « qui fait la loi » et, surtout

- Je continue d’affabuler !

- Disons plutôt que tu fantasmes, douchka ! Comme d’habitude…

Raoul Itono le Tendancieux, le chargé des relations publiques, « un vrai sapeur », vêtu en « masatomo » !

- Et les creuseurs aussi ?

- Jamais ! Tu penses bien qu’ils ne se le permettraient pas, petite chérie ! D’ailleurs, ils n’habitent pas (et Amida non plus, évidemment !) à Cafunfo même, ils sont au front, bien sûr ! Ils luttent !

Cafunfo, ses comptoirs et ses activités annexes.

- Mais où ça se trouve encore Cafunfo, douchka ?

- En Angola, je ne t’apprends rien ! Pas loin de la frontière de la RDC ! A une heure et 45 minutes de Luanda, en avion… On peut aussi s’y rendre en camion mais ça prend, quand même, beaucoup plus de temps… Tu peux toujours chercher dans le dictionnaire, petite chérie, tu ne trouveras sans doute pas !

Le Comptoir Apocalypse 22 : « Source intarissable, expérience ya koluka sans vous mentir ».

Le Comptoir Massamba : « Le meilleur acheteur silencieux ».

Le Comptoir Kande : « Visitez Boss Kande, 1er service, c’est l’accueil ».

La Bijouterie Mobutu.

Le comptoir Picko.

Le Garage Nikki : « Mercedes, BMW, Audi ».

Le Vrai Ingila Chelsea : « Affairé agréé ».

Bernardo Bankie : « Le vrai Monsieur ».

La boutique Alberto Ndoma.

La Maison Ibrahim, « Meilleur styliste », autrement dit « Cour Suprême de Luanda ».

Le garage Gerry Gomez.

Le « Centro Medico Timote » : « 24h/24h, non stop, docteurs Carlos, Cande, Cabilla »

Le Boss Garry : « L’homme qui a enrichi beaucoup de gens ».

Chez Mère Respect Ikwa Igwe, « Mokonzi ya Mama ya B° Cassenda »: « Kota bayeba yo » 24/24h ; « Eloko nini okoluka (Nzombo to Kamba Nyoka) ; Masanga ya malili ; Makayabu ya kitoko ».

Le Comptoir Boss Courageux à Muxinda : « Moto na Nzambe ».

Le Comptoir Andy Bussness Ascorp dirigé par Andy-Mputu, alias « Le Fondé », alias « Paga Bem » (Paie Bien) , alias « Manda-Chuva » (Qui envoie la pluie), alias « Aigle », alias « Calibre 12 » et

surtout, surtout, surtout

le Groupe Dikin de

Didy Kinuani !

Et lorsque Didy Kinuani sort de son comptoir et décide d’user les semelles de ses souliers et de se faire photographier en train d’effectuer un petit tour, en jeans, dans la cité de Cafunfo… précédé, accompagné et suivi par

- Ses « Petits » !

des cognes et des larbins… et par une foule de curieux, d’admirateurs, de flatteurs et de quémandeurs… tout de suite c’est l’embouteillage !

Didy Kinuani en promenade à pied, il « bouge l’avenue » !

Et on doit même, parfois, faire appel à la police « pour évacuer les gens » !


On essayera de reprendre les choses là où on les avait laissées, dans les ngandas et les concerts

- Pas demain, ni après-demain, j’ai des choses à faire ! A partir de lundi ! Je te téléphone et tu me fais d’abord découvrir les terrasses du Camp Kauka (j’en ai repéré une qui m’avait l’air pas mal, le soir de mon arrivée, au croisement Kimwenza Bongolo) et de Yolo ! Quant à Evoloko Joker, on verra ça plus tard, à La Crèche, dimanche prochain, non ?

de Langa-Langa Stars, de Zaïko, de Viva et de Luambo Makiadi où nous nous retrouvions avant. Ce ne sera peut-être pas facile. Avant je vivais, maintenant j’écris. Avant j’avais du fric, maintenant je suis fauché. Avant j’étais (presque) jeune, maintenant je suis (presque) vieux.

Et puis, surtout, je n’ai plus l’habitude de sortir sans Muka.

- Muka ?

- Muka, c’est Ana, évidemment ! Alias « Tantine Betena », alias « Motema Magique » ! Je n’ai pas changé de femme, tu sais …

Mais, rien n’empêche, « Qui Saura » ne pourra pas, comme NCJ, se retenir de me fourrer quelqu’un dans les pattes… Soki Pétrolette, en jogging

- Elle est étroite, profonde, juteuse, saine (elle ne couche qu’avec des gens très propres) et stérile ! Tu peux y aller, je l’ai déjà essayée, c’est bon ! Tu ne risques rien ! Ni descendance illégitime (une balle perdue, ça arrive, quoi ! et qui tôt ou tard se manifeste et qu’on envoie frapper à ta porte quelques années plus tard : « kokoko ! kokoko ! c’est bien moi ! »), ni chaude-pisse ! Pas même le Sida!

soki Ciboulette, en jeans

- Elle est bien tournée, bien balancée, bien baraquée ! Elle te fait sauter au plafond ! Elle te pile le pondu comme personne ! … Et elle te prépare un de ces excellents mfumbwa… tu m’en diras des nouvelles ! Tu aimes ça le mfumbwa, non ?

Kokoko !

Maman Bula-Bula

- Jeannette ! Quel plaisir de te revoir ! Tu es toujours aussi jolie !

son fils José

- Papa depuis la semaine dernière !

et sa fille Sonia, une des premières petites copines de Djuna… qui en avait deux : Sonia et Bibiane !

Tandis que Maman Pauline tresse les cheveux de Tensia et

- Tensia, lorsqu’on lui tresse les cheveux est toujours de très méchante humeur, mais ça ne l’empêchera pas de tendre l’oreille et d’écouter tout ce qui se dira : Comment va Passyna ? Comment vont Djuna et Lianja ? Et leur maman ? Kako a grandi (et pris du poids) ! Jeannette est grand-mère pour la première fois ! Elle a été retraitée « de force » mais voudrait bien se trouver une occupation payante : ouvrir un dépôt de ciment ou quelque chose dans le genre… mais, dans ce milieu-là, il faut bien sûr être « introduit » par quelqu’un qui connaît quelqu’un ! Sonia travaille comme infirmière à Saint-Joseph (là même où « Qui Saura » a été opéré de l’œil) et José bosse pour une boîte chinoise de télécommunications ! Sa voiture a été tamponnée mais elle roule encore, plus ou moins, et il la répare petit à petit ! La maison du Mont-Ngafula (située, plus exactement, dans la commune de Selembao, en face du Mont-Ngafula) est encore inachevée…

- Mais on se débrouille quand même ! Comme on peut…

qu’un dessin animé

- Si on coupe la télé, c’est encore pire ! Tensia ne tient plus en place et gueule encore davantage !

nous casse les oreilles…

Kokoko !

Un jeune homme, bien sapé. Entre dix-huit et vingt-deux ans. On dirait un étudiant endimanché se préparant à présenter un examen. Ou un nouveau diplômé postulant pour un premier emploi. Démarchage.

- Excusez-moi pour le dérangement !

- Oui ?

- Je suis venu pour la parole de Dieu !

- Non merci ! Moi je suis plutôt un adepte de la Skol et de la Primus ! Courage ailleurs !

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, l’audience est à présent levée et les visites sont

- Je te connais, douchka ! Lorsque les gens « normaux » s’amènent pour te voir, même si tu les adores et alors même que tu leur offres à boire, je sais bien que, dans ta petite tête d’autiste et de psychopathe, déjà tu te demandes « quand est-ce qu’ils vont partir ? »… pour que tu puisses retourner tranquillement travailler et fantasmer (ou lire tes journaux) dans ta chambre ! A moins qu’il ne s’agisse de dingues et de chabraques dans ton genre et qu’ils ne t’invitent à finir la journée au bistrot,… Ce qui change tout, évidemment !

- Sale bouche !

terminées.


Ecrire à Butembo - Chapitre 29 - Les Banga-Banga Stars - Ah, Lidusu! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu!

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008

Extraits


*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/



Les Banga-Banga Stars

Ah, Lidusu! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu!


Oui, passons à autre chose mais parlons d’abord du concert d’Evoloko Joker et des Langa-Langa Stars à La Crèche, non ?

OK !

Nuit très encombrée… En voici donc la relation, en vrac, dans un désordre nécessaire, comme les gens et les choses sont venus…

Avant tout, NCJ et moi, nous nous rendons au camp Kauka, rue

- On l’a d’abord cherché du côté de la rue du Dispensaire, un peu plus haut, vers Yolo, mais ce n’était pas tout à fait la même chose ni, évidemment, le bon endroit ! Echec !

de l’hôpital, n°34, chercher « Qui Saura » dans la famille de Linda. J’y

- Ça fait longtemps !

revois Linda, toujours aussi jolie et

- Et toujours aussi croyante, douchka ?

- Elle ne m’a pas parlé de Dieu et je ne l’ai pas invitée à prier, petite chérie…

toujours aussi sympathique, Didiana (complètement rétabli à présent), quelques oncles, tantes, frères, sœurs, cousins et cousines et surtout

- Ça fait vraiment très longtemps !

avec un énorme plaisir, le papa de Linda, expert-comptable retraité

- Mais ne l’était-il pas déjà, ou presque, il y a dix-sept ans, petite chérie ?

de l’ONATRA, assis dans la cour, âgé mais encore en assez bonne forme. Chacun d’entre nous a gardé une très bonne mémoire et un excellent souvenir de l’autre…

Nous arrivons au rond-point Victoire… Encore un peu tôt pour aller à La Crèche. J’entraîne NCJ et « Qui Saura » sur Ikelemba, à la terrasse de Ma Lyly, la sœur de Freddy Tsimba… où nous le retrouvons, lui. Et

- Que pensez-vous des sculptures de votre « Petit » ? Détournement de matériel militaire, non ?

un colonel de la famille, en civil. Et, bientôt aussi, Salumu Yamba Yamba, venu nous rejoindre…


C’est l’occasion rêvée de faire un petit coucou

- Je te passe Freddy, puis Salumu, puis « Qui Saura »…

à Bobonne, non ? A neuf heures trente, même pas dix heures ! Et voilà que cette enfoirée

- Mais foutez-moi la paix, je suis fatiguée, je dors !

râle comme un octodon que l’on obligerait à vivre dans la même pièce qu’un chaton… alors que cette dernière nuit, après avoir fait la fête avec Malou, Guy, Ben, Lisette, Judith, Bofane (alias « Fossoyeur Jones ») et tant d’autres, la patronne s’est permise

- Ben oui ! Et c’est pour ça que, ce soir, je suis très fatiguée ! Foutez-moi la paix, quoi ! Laissez-moi dormir !

de me téléphoner et de me réveiller (et je n’ai pas réussi à me rendormir !) vers quatre heures trente du matin.

Quelle mentalité !


Il commence à pleuvoir... Changeons de lieu et allons voir quand même à La Crèche, c’est couvert, non ?… s’il s’y passe quelque chose et comment ça se passe…

L’arnaque totale ! La Tembo à 1.500 francs congolais, trois dollars ! La Skol et la Primus à 1.300, le Vital’O à 1300, le coca à 800. Très peu de clients. Evoloko n’est pas encore là. Deux chanteurs-musiciens criards ou

- C’est peut-être la sono, douchka ?

- Je ne crois pas !

enroués se démènent

- C’est la fête ! C’est l’ambiance ! C’est parti ! On est là, on est là, on est là ! Ça va bientôt décoller !

comme ils peuvent, devant quelques saoulards non-accompagnés… des « gens de Yolo » sans doute (qui devaient être des « fans » du Langa-Langa Stars original au moment où l’orchestre a « explosé » dans tout Kinshasa, au Vévé Center, avec Evoloko Joker mais aussi les Djuna Djanana, Dindo Yogo, Kisangani Espérant, Djo Mali, Bozi Boziana…), cherchant à retrouver les sensations de leur jeunesse, monopolisant la piste de danse et demandant à un photographe d’immortaliser leurs « phases » biturées...

En face, à l’« L’Inter de Matonge », presque au même niveau, sur la terrasse du dernier étage, il y a plein de monde et beaucoup de mouvement : un mariage, un peu bourge… mais qui a l’air de bien se passer…

Tandis qu’à La Crèche, Evoloko Joker n’est toujours pas là. Et que je suis assis à côté d’un foutu baffle qui me bouchonne les oreilles. Et qu’il n’y a pas d’ambiance, pas

- Pas même une princesse, douchka ?

- Ben oui, une femme de poids, habillée tout en blanc ! Souriante et plutôt sympathique ! Qui m’interpelle à la sortie des toilettes… et, sans rien me demander, vient s’asseoir à côté de moi…

- Et pas à côté de Salumu, de « Qui Saura », de NCJ ou de Freddy ?

- Ben non… Tu crois qu’elle est raciste ?

- C’est sans doute toi qu’elle « aime », douchka ! Comme Citronnelle ! Tout chèque en blanc est bon à prendre, non ? Même un vieux joghourt amer ! Ça ne veut pas dire qu’elle a des tendances dépressives et qu’elle ne va pas te tromper avec des frères à elle, plus chics et, surtout, plus chocs que toi, eh ! Non, rassure-toi, elle n’est sûrement pas raciste !

- C’est bien ce que je pensais, petite chérie… et me voilà tranquillisé ! Elle me demande de lui offrir un Vital’O ! Je finis pas lui passer 1.000 francs ! Elle a dû « compléter »… et ça ne l’a même pas mise de mauvaise humeur, elle a continué de remplir mon verre… Elle s’appelle Madette, elle aussi est de Yolo… Yolo-Nord bien sûr…

de fête et qu’on sent bien que ça ne décollera jamais. Et que même la serveuse et le photographe et Madette et le guitariste et le bassiste et le batteur et les chanteurs… et les clients payants aussi dépriment… Et pourtant les vrais « clients » de Langa Langa Stars existent et prennent un réel plaisir à écouter l’orchestre, même lorsque le patron n’est pas là… Mais ceux-là n’ont pas le droit de monter sur la terrasse… On peut les voir d’ici, en se penchant un peu, tout en bas, au pied de l’immeuble… Ce sont les shégués qui dansent dans la rue et sur le « trottoir », devant l’entrée de l’ancien Vis-à-Vis…

Bon, il se fait tard. Minuit largement passé. Salumu doit rentrer. Evoloko ne viendra plus. On part…

- Evoloko a raté, petite chérie !

- Comment ça, douchka, tu comptais l’habiller de billets de banque ?

On va vers le stade, on tourne à droite, à gauche…

Et on passe devant les « restes » du couloir Madiakoko, tant vanté par Raymond Suke Nzanga ! A présent, il n’y a plus de défilés de mode, en pagne ou en robe, en soutif et en slip, en slip et sans soutif, à poil… Les autorités urbaines ont interdit tout ça ! Les « terrasses » ont été rasées. J’arrive malheureusement quelques années trop tard… On passe aussi

- Sur Oshwe, non ? En face de « Bana Kin », non ? Quel numéro encore ? On le réveille, oui ?

- Arrête de réveiller les gens, douchka !

- Et toi alors, petite chérie, alias « Laissez-moi dormir », alias « Foutez-moi la paix », tu peux parler ! Ça ne t’a jamais gênée de me téléphoner à trois, quatre ou cinq heures du matin, toi ! Est-ce à dire que « La confiance n’exclut pas le contrôle », petite chérie, alias « Sekoutourette de mi amor » ?

devant la maison de Lutele. On dépose Salumu en face de l’entrée du stade et on fonce vers Yoloooo !

D’abord une terrasse au camp Kauka, au croisement Kimwenza et Bongolo. Celle que j’avais répérée le soir même de mon arrivée à Kinshasa. Chez Mirador Canon Kaka. Bondée ! Mais, rapidement, une bagarre

- Attention aux bouteilles ! Déjà payées et pas encore bues ! Attention, attention, attention ! Chacun prend sa bouteille en main ! Il ne faudrait surtout pas qu’elles se cassent…

éclate, des coups pleuvent, des chaises valsent… et des tables se libèrent… On peut à présent

- A l’aise !

étendre les jambes et suivre confortablement

- A l’aisément !

de loin, les « discussions » qui se poursuivent dans la rue… entre supporters de Werrason et de JB Mpiana ?

Ensuite on part à

- A ta demande expresse, petite chérie ! Là-même où tu as donné un coup de boule à un flicard embièré du Service d’Action et de Renseignements Militaire, SARM… tu te rappelles ! Et que même tu lui avais pété le nez et l’arcade sourcillière ! Ah, Nostalgie…Et comme j’étais fier d’être le mari de cette femme-là…

- Et toi, douchka, qu’est-ce que tu faisais pendant ce temps-là ?

- Ben, je regardais, quoi ! J’arbitrais ! Je jouais à la Monuc avant l’heure, je tentais de calmer les esprits en faisant bien attention à ne pas prendre de mauvais coups, quoi !

la recherche de « Tonton Mbaki ». Après avoir traversé plusieurs « lacs » (et c’est sans doute là qu’on a crevé un pneu), on finit par retrouver le bar… fermé… et/ou en ruines…

On termine (il se fait tard, plus beaucoup d’argent, un pneu à changer) la nuit au

Banga-Banga

sur Kapella. Peu de voitures parquées devant la boîte

- Combien la bière, douchla ?…

- Sept cent cinquante francs congolais la primus ou la Skol ! Cent cinquante francs de plus que dans les terrasses et les ngandas !

mais une ambiance très chaude et très animée, BMW… Plusieurs

- Combien la passe, douchka ?

- Mais enfin, petite chérie, ce n’est pas la passe qu’on me propose, c’est le grand amour ! Pour toute la nuit ! Et, si affinités il y a… et qu’au lit ça se passe bien… ce sera pour toute la vie !

- Compte tenu de ton âge, douchka, ces demoiselles ne s’engagent pas à grand-chose ! Et comme tu les choisis de plus en plus jeunes, elles vont vite t’achever, au lit comme tu dis !

- Mais enfin, petite chérie, je ne choisis rien ! Ni personne ! Je suis interpellé seulement ! Hélé, apostrophé, mis en demeure, sommé !

- Et qu’est-ce que Citronnelle, une vieille de vingt-quatre ans, va penser de tout ça, douchka ?

- Mais enfin, petite chérie, je ne me suis jamais présenté aux élections ! Je n’ai jamais été candidat ! Je me retrouve toujours « élu » sans avoir jamais fait acte de candidature… Le Congo, m’a dit Tshibambe, est un pays de « démocratie sorcière », non ?

filles, dont les robes électorales (libres, transparentes et démocratiques), plaquées-collées au corps, m me mme mmm mmooo mooouu moussssss moustiquent tiquent tiquent tiquent. Les Banga Banga Stars ! Elles sont horriblement jeunes !

Retour à la maison.

Boboto ?

Dodo !