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mardi 20 avril 2010

Ecrire à Butembo - Chapitre 3 - A « La Bénédiction de Dieu » - Yesu kaka !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
*
Extraits

*J'y retournerai un an plus tard. Cliquez sur :http://anaco3.over-blog.net/
Sur l'agence AnaCo, voir aussi: http://anaco1.blogspot.com/
et http://anaco2.blogspot.com/




A « La Bénédiction de Dieu »

Yesu kaka !


NCJ, préposé par Nadine à mon transport et à ma « sécurité »

- D’ailleurs, NCJ porte des lunettes fumées ! Comme Antilope, son père, lorsque celui-ci travaillait à l’ Agence ou au Centre National de Documentation (c’est comme cela qu’on appelait la Sûreté, sous le règne de Mobutu Ier, non ?) après avoir, avant l’Indépendance, bossé aussi, sans doute, pour les « services » du Congo belge.

espère une nouvelle panne de courant. Que je cesse de tapoter sur mon clavier.

Et que je sorte de ma chambre. Qu’il puisse me présenter son Kinshasa et, plus particulièrement, son Yolo-Nord. Qu’on parte à la recherche de

- « Qui Saura » est toujours à Kin ! Il n’est pas encore retourné à Luanda ! Y retournera-t-il jamais ?

César, alias « Qui Saura », le papa de Didiana et de Djuli. Et, aussi, qu’on aille ensemble écouter Evoloko Joker à La Crèche, un dimanche soir…

Vincent Lombume Kalimasi, Bibish Mumbu, Asimba Bathy et

- Le Kinshasa de Chéri Samba, je le connais déjà un peu mais un approfondissement et une mise à jour s’imposent certainement !

Freddy Tsimba doivent

- Et à quoi tu occupes tes journées, Vié ?

- Je dois écrire un texte sur Butembo.

- Un roman, une épopée, un récit de voyage ?

- Le « genre » du truc, ça je ne sais pas… Mais donnez-moi quand même des idées ! Parlez-moi donc de Butembo ! Ne vous contentez pas de me dire que les gens, là-bas, sont très travailleurs, très entreprenants (donc très sérieux et très chiants ?) et qu’ils ont réussi à se tenir à l’écart de la guerre qui oppose les FARDC aux troupes du général Laurent Nkundabwatare…Trouvez-moi donc autre chose !

m’introduire dans leur Kinshasa à eux (le palais de chacun, la famille des uns et des autres, les terrasses où tout le monde se retrouve).

Et peut-être aussi

- Pourquoi pas ?

Vincent Kenis qui se trouve en ce moment à Kin et qui a « de l’oreille » (comme d’autres ont « un coup d’oeil») et doit sûrement, lui aussi, avoir plein de trucs (des gens

- Ba mpangi ya Vincent !

des lieux, des histoires, des images et des sons) à me faire connaître, à m’apprendre ou à me raconter, j’imagine, non ?

Je dois faire le plein. Découvrir et

- Chaque personne que je rencontre est un nouveau roman, petite chérie ! A vivre ou à rapporter ! Et les gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils valent en termes de roman… les projets qu’ils entreprennent et les merdes qui leur arrivent, leurs manques de pot et leurs coups de bol, leurs passions et leurs désespoirs… A moi de les aider à « extirper » tout ça, non ?

- Extriper, extorquer, escroquer, oui ! Tu es un grand escroc, douchka ! Escroc moko ya makasi !

- Tous les griots, petite chérie, vivent aux dépens de ceux qui se confient à eux ! Mais ils font aussi leur gloire, non ?

emmagasiner le Kinshasa de chacun. Graver sur mon disque dur les anecdotes et les épopées kinoises, les amener dans mes bagages à Butembo. Pour expliquer, faire

- Kinshasa, la capitale, ses gratte-ciel, ses grands boulevards éclairés ! Kinshasa, la ville des musiciens… de Noël Ngiama Makamba, mieux connu sous le nom de Werrason, alias « Igwe », alias « le Roi de la Forêt », alias « Igwe de la forêt », alias « Le Phénomène », alias « Le vieux qui assure », alias « la Majorité Plurielle » (l’auteur de « Solola bien ») et de Wenge Musica Maison Mère … de Jean Bedel Mpiana wa Tshituka, alias « JB », alias « Jibé », alias « Papa Chéri », alias « Général (maintenant Maréchal) Mukuku », alias « Souverain Ier », alias « Bin Adam » et son groupe Wenge BCBG… de Papa Wemba, alias « Mzee », alias « Kuru Yaka » (tellement connu qu’on ne doit plus le présenter à personne, même à des Bulankos)… de Fally Ipupa (l’auteur de « Droit chemin », un des tubes du moment, un ancien « petit » de chez Koffi), de Hervé Ferré Gola (l’auteur de « Sens interdit », un ancien de chez Werra et de chez Koffi), du « feu follet » Bill Clinton Kalondji (et les Samourais ! un ancien de chez Werra)… de Lutumba Simaro Masiya, alias « Le Poète » et les Bana OK, de Josky Kiambukuta, d’Evoloko Joker, de Koffi Olomide, alias le « Rambo de la musique congolaise », alias « Grand Mopao », alias « Papa Fololo », alias « Sarkozy » et son « Quartier latin international », de Félix Wazekwa alias le « Monstre d’amour » et de son groupe « Cultur’A Pays Vie », de King Kester Emeneya, de Nyoka Longo « Jossart », de Grand’Père « Benz » Bozi Boziana et son groupe Anti-Choc !

- Des chansons salaces tant chez Werra1 que chez Mpiana2 ou Bill Clinton3 et des « Atalaku » qui, sous prétexte d’animation, dansent de façon carrément indécente et poussent des cris obscènes, oui ! Des buildings dont les ascenseurs tombent trop souvent en panne et des boulevards désormais sans éclairage (sauf « le 30 Juin » et quelques autres tronçons d’avenues, au hasard des coupures de courant) et constamment engorgés, oui ! Une ville de rues crevassées et d’avenues trouées, oui ! Et de quartiers entiers menacés par les pluies torrentielles, les inondations et les têtes d’érosions ! Plusieurs centaines de familles « sinistrées » sur les sites Bribano, Socopao et autres dans la commune de Limete… qu’il faut encore reloger ! Et plusieurs autres centaines sur les sites Mataba (à Binza-Delvaux) et Masikita dans la commune de Ngaliema… qui n’ont toujours pas été indemnisés ! Une ville de délestage, de glissements de terrain, d’embouteillage et de chômage, oui ! La route de Matadi complètement défoncée au niveau de Binza-Delvaux… Deux heures de trajet entre l’UPN et le centre-ville… Crois-tu vraiment que Kinshasa puisse encore faire rêver les gens de Butembo, douchka ! N’y tourne-t-on pas plutot les yeux vers l’Afrique de l’Est ou même vers l’Asie, tout en ignorant Kinshasa ? Ne rêve-t-on pas plutôt, là-bas, aujourd’hui, de l’Ouganda et du Kenya, de Dubaï, de l’Inde et, surtout, de la Chine de la région de Canton ? Voire de l’Indonésie, de la Thaïlande, de Singapour et de la Corée ?

rêver, séduire

- Comment s’appellent les habitants de Butembo ? Pour parvenir à les séduire, il faut d’abord que je sois en mesure de les nommer !

de nouveaux amis, « ceux de Butembo » ?

Délestage.

- Encore heureux que, depuis peu, j’aie moins d’apnées et que je ne doive plus porter mon masque respiratoire…

- Et c’est pour cette seule raison que tu n’as plus jamais remis les pieds au Congo depuis dix-sept ans, n’est-ce pas ?

- Ben oui ! C’est ce que je disais aux gens !

- Et c’était vrai ?

- Ben oui !

Au village il n’y a pas de délestage. C’est

- Et à Butembo, il y a du délestage ?

l’inconvénient de vivre en ville. Mais en fin de compte ça ne pose pas tellement de problèmes. Il suffit de s’organiser, de gérer l’improviste, de ne jamais se laisser prendre

- Où sont les allumettes, le sac de makala, les bougies et les lampes à pétrole ? Et le mbabula et le fer à braises ? Merde, j’ai encore oublié de mettre mon portable à la charge ! Où sont le papier cul, mon paquet de Tumbaco, le thermos de café, mon mouchoir et le cendrier ?

totalement au dépourvu…

Le courant, ça vient et ça revient, ça part et ça repart. Il doit bien y avoir un Dieu, quelque part, sardonique et rigolard, qui se joue des gens, actionne des manettes et gère

- Nzambe aye, courant esili ! Dieu est-il corruptible ? Combien coûte-il ? Nzambe aye, courant ezali ! Quel est le montant de l’offrande que Dieu exige pour envoyer du jus aux hommes ?

tout ce bordel : qui sanctionner et qui récompenser, quand et pendant combien de temps. C’est lui qui détermine à quel moment de la journée je travaille et c’est lui qui arrête le programme

- A quand les PC à pétrole ?

de ma soirée. C’est lui qui décide si je fonctionne à la couette (quand la climatisation fonctionne) ou à la bougie. C’est lui qui fixe également l’heure à laquelle (avec les poules ou avec les chauves-souris ?) je me couche… Ce Dieu-là est

- Peut-on le révoquer et le remplacer, ce Dieu-là ? Ses compétences techniques sont-elles incontournables ?

très certainement un big boss bossu, b bb bègue, borgne et boutonneux qui, de toute évidence, prend un malin plaisir à ne communiquer son planning à personne.

Cette situation de dépendance n’est pas pour me déplaire. Elle présente même un certain nombre d’avantages. On ne peut pas facilement

- Ils peuvent toujours (ils n’ont qu’à, quoi !) rendre leurs visites dans l’après-midi, non ?

inviter des gens à passer la soirée (devant la télévision ou au clair de la lune ?) et à manger (des brochettes et des makembas… ou de la kwanga et du makayabu ?) et à boire de la bière (tiède… ou bien tapée ?) à la maison… On ne passe pas tout son temps dans une chambre enfumée à écrire ou

- J’aime lire n’importe quoi, petite chérie ! Tous les bouquins que je trouve sur les étagères de la chambre de Sukina ! Même des romans de Georges Simenon, d’Agatha Christie ou de Charles Exbrayat ! Même des livres pour jeunes ados (Tim Winton, « Tu es une légende », 2003, l’école des loisirs, pour l’édition française) et pour enfants âgés (la série « Arthur » de Luc Besson) ! Tout ce qui me tombe sous la main, quoi ! C’est plutôt chouette, quoi ! Je ne dois pas choisir et j’adore ça ! Je lis même des bouquins que j’ai déjà lus (plusieurs fois !) précédemment ! C’est sans doute ce que j’apprécie le plus dans la combine… L’auteur est désarmé, à poil, dépouillé de sa baguette magique ! Il n’est plus en mesure de « raconter des histoires » à ses lecteurs et de les mener par le bout du nez, à sa guise, comme il veut et où il veut ! Il doit les convaincre autrement ! Et, moi, je ne dois même pas te téléphoner pour te demander de m’expliquer ce qui se passe et de me signaler qui sont les bons et quels sont les méchants !

à lire, on sort de son trou et on cause avec tout le monde… On réduit

- A moins qu’il ne soit s’agisse d’un montant forfaitaire, douchka…

le montant de la facture d’électricité mais on n’effectue certainement pas d’économies sur d’autres postes du budget : les bougies, les allumettes, le pétrole et le charbon de bois…

Pas de courant, qu’est-ce qu’on fait alors ?

On va boire, tiens ! Et manger des brochettes ! Et de petites bananes frites (et du pili-pili poussière) !

Avec NCJ, à pied, dans un bar-boutique des environs, à « La Bénédiction de Dieu ». En terrasse.

Trois grosses liasses d’argent sont exposées sur une des tables installées à front de rue. Ostensiblement. Koffi Olomide (« Danger de mort »), Kalonji Bill Clinton (« Bompikiriki »), JB Mpiana (« Kipe ya yo »), Werrason (« Lidusu »), Ferre Gola (« Sens interdit »), Fally Ipupa (« Droit chemin ») et Papa Wemba (« Okoningana ») se relaient avec bonheur, sans copiner peut-être mais sans non plus se disputer, dans les baffles. On vide quelques bouteilles de Primus. Bien tapées. Chacun sa bouteille. Huit (ou neuf ?). Moins d’un casier. On les pisse, pisse, pisse, pisse, les unes après les autres

- Nake na sima !

tout au fond d’une parcelle, un peu plus loin, discrètement, entre deux carcasses de bus. Quelqu’un y a mis sécher du linge. A l’intérieur. A l’abri d’une pluie éventuelle. Etendu sur des banquettes.

La boutique-bar « La Bénédiction de Dieu » est un bureau de change, un repaire de cambistes, quoi ! Les voitures

- Les piétons aussi mais ils sont moins visibles...

frôlent, regardent, s’arrêtent. On achète des francs congolais et on vend

- Des euros ?

- C’est moins courant !

des dollars. Ou l’inverse. Furtivement. Comme on vendrait du diamba. Mais à l’aise. Sans devoir montrer sa carte d’identité à aucun guichetier. Avec soin. On compte, on vérifie, on empoche.

Après « La Bénédiction de Dieu », quelques jours plus tard, à Kingabwa, avec Nzeza (qui m’a fait visiter l’UCM, ses salles de cours et son cyber-café) et son équipe

- Médard, Laurent, Thierry… Et encore un autre gars, petite chérie, dont je n’ai pas retenu le nom !

de formateurs en informatique, on visite

- On y boit de la Primus ou de la Skol, on y mange du makayabu, on y grignote des arachides…

un temple de la même obédience : « Le plaisir de Dieu ».

Ces églises-là me conviennent plutôt bien. J’en suis, très volontiers, le paroissien.

1 « Ah, Lidusu ! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu ! »


2 « Le poisson a combien de parties ? Trois parties ! Ah, Citez-les : Mutu, Libumu na Lopele, pele, pele, pele ! Elengi ya Lopele ! Est-ce que vous voulez danser Lopele ? Oui ! Pesa mokongo, tanda biloko… »


3 « Biloko ya mama, ezalaka elengi na nzoto ya papa ! Biloko ya papa, ezalaka elengi na nzoto ya mama ! Biloko ya Loli, ezalaka elengi na nzoto ya Christian ! Caleçons ya bango na bigidi petepete ! Caleçons ya bango ekomi petepete ! Bazalaka lolendo ya pamba, bigidi petepete ! Oladi mudinde, eh, mudinde, eh, longola buaka ! »



Ecrire à Butembo - Chapitre 12 - Les problèmes - Kutazo !

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
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Les problèmes

Kutazo !


Hier, j’ai adressé

- Echec ! Aucune réponse !

un SMS à Freddy Tsimba. Aujourd’hui, j’essaie d’atteindre

- Echec aussi !

Vincent Lombume Kalimasi. Et

- Echec encore !

j’envoie aussi un message à Bibish Mumbu : « Bien rentrée ? » Elle m’avait fait savoir, en effet, dans un mail expédié des Etats-Unis et reçu à Bruxelles, avant mon départ pour Kinshasa, qu’à partir du 6 décembre, on allait pouvoir se retrouver au Bloc, à Bandal…

Tous les « Yambistes » rencontrés à Bruxelles m’ont donc laissé tomber ? Y a-t-il eu complot ? Se sont-ils

- Parano, va !

donné le mot ? OK. Je les oublie tous. Ils me nient ? Je les zappe ! Etali bango ! Tufi na bango, etc…

- Paranooooooo !

Bon, passablement déconfit, je m’engage dans une longue sieste…

Quand, en toute fin d’après-midi, je finis par me lever, il y a un problème, assis, dehors, sur la terrasse (ou

- Ça dépend, sans doute, de la façon dont il s’est présenté à la porte d’entrée, j’imagine ?

à l’intérieur de la maison, au salon, avec les enfants) qui m’attend

- Pourquoi ne m’a-t-on pas appelé ?

- Sukina et Tensia n’ont pas voulu te réveiller !

depuis deux heures.

Mon problème ne boit pas

- A cause de la pluie ! Il fait trop froid ! Non merci !

d’eau « bien tapée », sortie du frigo. Ni de bière, ni de café. Il patiente et feuillette le vieux journal qu’on lui a donné à lire…

Les problèmes

- Ont-ils peur de ne pas être bien reçus ? Ou n’ont-ils pas eu l’occasion ou le temps de mettre leur portable à la charge ? Ou n’ont-ils plus d’unités, plus de crédit ?

ne s’annoncent pas toujours. Ils viennent à pied. Même sous la pluie. Ils ne connaissent pas l’adresse exacte de la personne qu’ils vont visiter et doivent souvent chercher, chercher, chercher, interroger des gens, en questionner d’autres, frapper, frapper, frapper à plusieurs portes. Les problèmes sont tenaces et, habituellement, parviennent à destination. Généralement aussi, ils n’ont pas d’argent pour

- Rentrer à pied, la nuit, avec les bandes de jeunes (des « clubs » et des « écuries » portant des noms « terribles » : Soweto ou Bana Mitraille à Kingabwa, Mondesu à Matonge, Zoulou à Kasa-Vubu ou à Binza-Delvaux, Bana Bofala à Ngaba,Bolafa à la N’Sele etc) … et les contrôles de policiers ou de militaires, ce n’est pas toujours prudent !

le retour…

Les problèmes habitent un deux-pièces avec leur épouse et plein d’enfants, de neveux et de nièces… une annexe, construite au fond d’une parcelle, à côté du kikoso... Tout le monde regarde la télévision… bien que les quartiers où habitent les problèmes souffrent

- Mais pas ce soir !

de délestage plus souvent que d’autres. Les problèmes sont fiers. On ne les achète pas. Quelquefois ils ne disent rien. On doit alors tout deviner… On peut parfois arranger les problèmes mais on est rarement en mesure de leur apporter une solution

- Il y a des mécaniciens pour ça, non ?

- Douchka, tu es un sale chien, une pourriture, un salopard, un transgresseur d’interdits, un excrément de truie réglée ! On ne rit pas de tout !

- M’enfin, petite chérie, ça permet de dédramatiser, non ?

définitive. Les problèmes se lèvent tôt le matin et, quand ils se réveillent, ils sont encore plus fatigués que la veille, en se couchant. Les problèmes ne font jamais la sieste.

Quelquefois les problèmes ne sont pas de vrais problèmes. Mais plutôt des souvenirs ou des remords. Et, alors, c’est encore pire…

Après avoir reconduit mon problème à la maison, salué son épouse et embrassé ses enfants, j’ai, subitement, eu vraiment très soif… mais il fallait d’abord que je fasse un grand pipi.

Papa Antoine me trouve

- Urgence ! Affaire prostate ! Ça ne peut plus attendre !

d’abord un endroit où

- Danger !

« iriner » tranquillement, à l’aise, sans

- Mundele, c’est quoi ça ?

être interpellé et insulté par des riverains ou mis à l’amende par des policiers, caché derrière la jeep de Nadine, alias « Gododo », alias « Petit Bal » », dans le caniveau d’une

- Et si c’était dans cette rue-là qu’habite la maman de Bibish ?

petite rue, peu fréquentée, de Bandal-Makelele… et m’amène ensuite boire un verre et remplir à nouveau mes gourdes et mes bidons dans une terrasse

- J’y apprends que Monseigneur Monsengwo Pasinya vient d’être nommé archevêque de Kinshasa ! Bientôt cardinal ? Comme Malula et Etsou l’ont été avant lui ?

paisible dont il est

- Et NCJ ?

- NCJ est puni, boudé, boycotté, sur la touche ! Depuis l’histoire de la voiture qui s’est retrouvée en panne à Lemba ! Mais il fera bientôt sa réapparition, j’imagine ? Tôt ou tard ? Avec un grand sourire ?

le client régulier, le « New Tic-Tac », à côté de la « Maison Hélène », près du conteneur abritant le sous-commissariat de police du quartier ou, plus exactement, le poste « Cimetière de Kintambo » de la police spéciale de roulage


Ecrire à Butembo - Chapitre 16 - Kinshasa a beaucoup changé ? Ah Telesi mama ! Nakosala yo mabe ! Ah Telesi, nakobamba yo Ngondo!

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008
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Extraits

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Kinshasa a beaucoup changé ?

Ah Telesi mama ! Nakosala yo mabe! Ah Telesi, nakobamba yo Ngondo!


On me pose des questions zarbis ! On me dit « N’est-ce pas que Kinshasa a beaucoup changé ? »

Je suis tenté de répondre par quelques autres questions tout aussi stupides et rigolotes : « Que pensez-vous de la situation politique en Belgique ? Quel peut être l’avenir au sein de l’Union européenne de ce minuscule « territoire de Belgique » qui, depuis l’Indépendance du Congo (« La Belgique, la Belgique ? Aidez-moi… Rappelez-moi… Ne serait-ce pas une province du Congo qui a fait sécession en 1960 ? »), paraît ne plus très bien se porter ? Pensez-vous que ce « territoire de Belgique » va bientôt éclater en plusieurs morceaux et que, d’ici peu, ses différentes composantes

- La chefferie Wallonie, la chefferie Flandre et le centre extra-coutumier de Bruxelles !

accèderont, à leur tour, à l’Indépendance ?

Mais pourquoi veut-on absolument que Kinshasa ait « beaucoup changé » ? Dans quel sens ? Pour faire plaisir ou donner tord à qui ? Ou raison à quelles autres personnes ? Que souhaite-t-on que je réponde ?

Bien sûr les choses évoluent ! Il y a beaucoup moins de cheveux tressés et de salons de coiffure (et beaucoup plus de perruques). Et un nombre important de services de « remise en bon état de marche » en tous genres (garages et magasins de pièces de rechange, dispensaires et


Et même à Kintambo, en bordure de l’avenue Kasa-Vubu, en face des ngandas lassaliens, un salon de beauté généraliste (le « Salon l’Accomplissement ») qui, à en croire son enseigne, se montre disposé à traiter toutes sortes de dossiers : coiffure mixte, massage facial, décoration voiture, habillement mariée…

- Couronnes mortuaires aussi, douchka ?

- Non, ça c’est quelques boutiques plus loin, petite chérie, pour les clients du cimetière de Kintambo !


pharmacies, réparateurs de frigos, de congélateurs et de climatiseurs). Et Sukina et Kako peuvent s’acheter des hamburgers et des pittas à moins de trois cent mètres de chez eux, à Kintambo, chez ML (alias « Maman Luxe » ? une femme d’affaires originaire de Kananga), sur l’avenue Kasavubu, à côté du feu rouge. Et Ya Cécile a perdu beaucoup, beaucoup, beaucoup de trop de kilos. Et le fufu

- Trop de monde à Kinshasa ! Les mamans n’ont plus le temps de produire une farine propre et de qualité ! Et les clients ne peuvent plus se permettre d’être exigeants !

est de plus en plus gris. Et, même si la Skol est toujours pareille, « Matisa Pression » a remplacé « Tonton Skol » dans les campagnes publicitaires d’Unibra. Et le « rond-point Victoire » ne s’appelle plus la « grand-place Vis-à-Vis » depuis que l’endroit n’est plus le temple de référence de la musique congolaise moderne. Et le Parc de la Révolution a lui-aussi été débaptisé et est devenu (mais peut-être cela date-t-il d’il y a longtemps déjà) ou redevenu le Jardin

- Anémique, disent les sales bouches, le JAZK : des léopards faméliques (dont la moquette miteuse n’inspirerait plus aucun fabricant de toques pour dignitaires d’un nouveau Parti-Etat, inspiré de l’ancien MPR), des singes déprimés (qui ne font plus de grimaces et ne jettent plus leur merde à la figure de personne), des oiseaux paresseux (qui ne se donnent même plus la peine de chanter des hymnes à la gloire du Créateur)… Un éléphant du zoo, fantasque ou inassouvi, aurait même, il y a quelques années, brisé son enclos et aurait été retrouvé dans la commune de Kasa-Vubu, se promenant dans les rues, la nuit, à la recherche de nourriture… ou d’un nganda encore ouvert ou d’un concert d’Evoloko Joker…ou d’une Princesse en divagation…

Zoologique de Kinshasa mais les vendeuses de légumes du marché central et les garagistes en plein air, les épouses stériles et les évangélistes guérisseurs, les aides-serveuses et les ligablistes-assistants, les tresseuses à domicile et les exploitants de cabines téléphoniques, les veuves de militaires et les chargeurs de taxibus (et les étudiantes et les étudiants qui « s’instruisent sur les bestioles », se fourragent, se trifouillent, se pelotent, se fourrent le doigt

- Contact ! dirait Yaki, l’épouse de Bob Dangerfield…

dans le nez les uns des autres, polissent, liment, potassent et rabotent leurs cours d’anatomie ou de sciences naturelles) continuent de s’y donner rendez-vous et

- Voyeurisés par un groupe de jeunes délinquants, fumeurs de diamba, qui s’emparent (comme, jadis, « l’herbivore de Yolo », subtilisait les petites culottes des femmes qui se rendaient au quartier Kimbangu, par un petit chemin peu fréquenté… et les conservait avec amour et respect dans un grand sac en plastique… où elles auraient toutes été retrouvées… et « même le slip d’une religieuse » !) de leurs sous-vêtements épars ?

- Voyons, douchka, voyons ! Tu te prends sans doute pour Pauline Réage… et tu ne fais pas mieux que Gérard De Villiers ? Un peu de tenue quand même ! Imagine que nos enfants et nos petits-enfants (et surtout Sukina, réclamant de pouvoir vérifier ce qu’on écrit sur elle, faisant une recherche à partir de son prénom, parcourant tout ce qui la concerne... mais ne pouvant pas s’empêcher de déborder un peu… ) lisent ton texte ! Et Mamushka ? Et Gougoui Kangni, notre excellent beau-père ? Et Moura ? Et Bibish Mumbu et Joëlle Baumerder ! Et JP Kabeya ? Et le Ministre de la Communication et des Médias du nouveau gouvernement Gizenga (Gizenga II), Emile Bongeli Yeikelo ya Ato ? Et tes trois adoubeurs ? Que vont-ils donc penser de toi, tous ces gens-là ? Et de notre couple ? L’obsédé sexuel et le voyeur, c’est toi ! Personne d’autre (autant) que toi !

- Chéri Samba et In Koli Jean Bofane, alias « Fossoyeur Jones », n’y trouveraient certainement rien à redire, petite chérie ! Freddy Tsimba, non plus ! Ni Salumu Yamba Yamba, ni Vincent Lombume Kalimasi, j’imagine ! Problème eza te !

de s’offrir un lit d’hôtel gratuit dans les herbes hautes…

Kinshasa évolue mais Kinshasa demeure.

Et Butembo ?

Butembo a-t-il beaucoup changé ?

Il faudra que je demande à Freddy Tsimba

- Je le vois en principe ce soir, petite chérie, vers 20 heures !

s’il a aussi

- Effectivement, je lui ai posé la question, ce soir, petite chérie, vers 20 heures… assis sous un auvent, sur Ikelemba, chez Ma Lyly, presque en face de l’endroit où Papa Wemba répétait, dans le temps, avec les musiciens de Viva la Musica … mais il y avait tellement de monde qui passait dans la rue et tellement de gadoue, de plotchs, de platchs, de cris, d’appels des receveurs et des chargeurs indiquant la destination des bus, de huées, d’ovations, de prières, de hourras, de jurons, de supplications, de vociférations, de pétarades et de bruits assourdissants de moteurs de taxis et de taxibus en partance pour Yolo, Limete, N’Djili ou Kingasani que Freddy n’a sûrement pas entendu ma question et que je n’ai certainement pas entendu sa réponse… sans compter que je m’étais installé à côté d’une machine à fabriquer du pop-corn et que Freddy lui-même (piqué dès son retour par des moustiques qui l’attendaient depuis près de deux mois et demi… et se chopant une foutue malaria) avait une très petite voix, ce soir-là… et ne buvait que de l’eau !

récupéré des douilles, des éclats d’obus et des casques troués

- Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), les Maï-Maï du « général La Fontaine », la variante Maï-Maï appelée « Mudundu 40 », le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) du général « déchu » Laurent Nkundabatware, les Patriotes Résistants du Congo (PARECO), le Rassemblement pour l’Unité et la Démocratie (RUD), les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), les ex-Forces Armées Rwandaises (FAR) et les Interahamwe, les « Monuc » ?

- Ça fait beaucoup trop de monde tout ça, douchka, pour un seul champ de bataille !

dans les forêts ou les montagnes des environs de Butembo.



Ecrire à Butembo - Chapitre 29 - Les Banga-Banga Stars - Ah, Lidusu! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu!

Didier de Lannoy
Butembo !
sous-titré On m’envoie écrire ailleurs ! Ici, je dérange trop ? compte-rendu en musique d’un voyage dans le temps, à Kinshasa, 23 novembre 2007 - 11 janvier 2008

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Les Banga-Banga Stars

Ah, Lidusu! Tobina na Lidusu ! Nakoti na Lidusu!


Oui, passons à autre chose mais parlons d’abord du concert d’Evoloko Joker et des Langa-Langa Stars à La Crèche, non ?

OK !

Nuit très encombrée… En voici donc la relation, en vrac, dans un désordre nécessaire, comme les gens et les choses sont venus…

Avant tout, NCJ et moi, nous nous rendons au camp Kauka, rue

- On l’a d’abord cherché du côté de la rue du Dispensaire, un peu plus haut, vers Yolo, mais ce n’était pas tout à fait la même chose ni, évidemment, le bon endroit ! Echec !

de l’hôpital, n°34, chercher « Qui Saura » dans la famille de Linda. J’y

- Ça fait longtemps !

revois Linda, toujours aussi jolie et

- Et toujours aussi croyante, douchka ?

- Elle ne m’a pas parlé de Dieu et je ne l’ai pas invitée à prier, petite chérie…

toujours aussi sympathique, Didiana (complètement rétabli à présent), quelques oncles, tantes, frères, sœurs, cousins et cousines et surtout

- Ça fait vraiment très longtemps !

avec un énorme plaisir, le papa de Linda, expert-comptable retraité

- Mais ne l’était-il pas déjà, ou presque, il y a dix-sept ans, petite chérie ?

de l’ONATRA, assis dans la cour, âgé mais encore en assez bonne forme. Chacun d’entre nous a gardé une très bonne mémoire et un excellent souvenir de l’autre…

Nous arrivons au rond-point Victoire… Encore un peu tôt pour aller à La Crèche. J’entraîne NCJ et « Qui Saura » sur Ikelemba, à la terrasse de Ma Lyly, la sœur de Freddy Tsimba… où nous le retrouvons, lui. Et

- Que pensez-vous des sculptures de votre « Petit » ? Détournement de matériel militaire, non ?

un colonel de la famille, en civil. Et, bientôt aussi, Salumu Yamba Yamba, venu nous rejoindre…


C’est l’occasion rêvée de faire un petit coucou

- Je te passe Freddy, puis Salumu, puis « Qui Saura »…

à Bobonne, non ? A neuf heures trente, même pas dix heures ! Et voilà que cette enfoirée

- Mais foutez-moi la paix, je suis fatiguée, je dors !

râle comme un octodon que l’on obligerait à vivre dans la même pièce qu’un chaton… alors que cette dernière nuit, après avoir fait la fête avec Malou, Guy, Ben, Lisette, Judith, Bofane (alias « Fossoyeur Jones ») et tant d’autres, la patronne s’est permise

- Ben oui ! Et c’est pour ça que, ce soir, je suis très fatiguée ! Foutez-moi la paix, quoi ! Laissez-moi dormir !

de me téléphoner et de me réveiller (et je n’ai pas réussi à me rendormir !) vers quatre heures trente du matin.

Quelle mentalité !


Il commence à pleuvoir... Changeons de lieu et allons voir quand même à La Crèche, c’est couvert, non ?… s’il s’y passe quelque chose et comment ça se passe…

L’arnaque totale ! La Tembo à 1.500 francs congolais, trois dollars ! La Skol et la Primus à 1.300, le Vital’O à 1300, le coca à 800. Très peu de clients. Evoloko n’est pas encore là. Deux chanteurs-musiciens criards ou

- C’est peut-être la sono, douchka ?

- Je ne crois pas !

enroués se démènent

- C’est la fête ! C’est l’ambiance ! C’est parti ! On est là, on est là, on est là ! Ça va bientôt décoller !

comme ils peuvent, devant quelques saoulards non-accompagnés… des « gens de Yolo » sans doute (qui devaient être des « fans » du Langa-Langa Stars original au moment où l’orchestre a « explosé » dans tout Kinshasa, au Vévé Center, avec Evoloko Joker mais aussi les Djuna Djanana, Dindo Yogo, Kisangani Espérant, Djo Mali, Bozi Boziana…), cherchant à retrouver les sensations de leur jeunesse, monopolisant la piste de danse et demandant à un photographe d’immortaliser leurs « phases » biturées...

En face, à l’« L’Inter de Matonge », presque au même niveau, sur la terrasse du dernier étage, il y a plein de monde et beaucoup de mouvement : un mariage, un peu bourge… mais qui a l’air de bien se passer…

Tandis qu’à La Crèche, Evoloko Joker n’est toujours pas là. Et que je suis assis à côté d’un foutu baffle qui me bouchonne les oreilles. Et qu’il n’y a pas d’ambiance, pas

- Pas même une princesse, douchka ?

- Ben oui, une femme de poids, habillée tout en blanc ! Souriante et plutôt sympathique ! Qui m’interpelle à la sortie des toilettes… et, sans rien me demander, vient s’asseoir à côté de moi…

- Et pas à côté de Salumu, de « Qui Saura », de NCJ ou de Freddy ?

- Ben non… Tu crois qu’elle est raciste ?

- C’est sans doute toi qu’elle « aime », douchka ! Comme Citronnelle ! Tout chèque en blanc est bon à prendre, non ? Même un vieux joghourt amer ! Ça ne veut pas dire qu’elle a des tendances dépressives et qu’elle ne va pas te tromper avec des frères à elle, plus chics et, surtout, plus chocs que toi, eh ! Non, rassure-toi, elle n’est sûrement pas raciste !

- C’est bien ce que je pensais, petite chérie… et me voilà tranquillisé ! Elle me demande de lui offrir un Vital’O ! Je finis pas lui passer 1.000 francs ! Elle a dû « compléter »… et ça ne l’a même pas mise de mauvaise humeur, elle a continué de remplir mon verre… Elle s’appelle Madette, elle aussi est de Yolo… Yolo-Nord bien sûr…

de fête et qu’on sent bien que ça ne décollera jamais. Et que même la serveuse et le photographe et Madette et le guitariste et le bassiste et le batteur et les chanteurs… et les clients payants aussi dépriment… Et pourtant les vrais « clients » de Langa Langa Stars existent et prennent un réel plaisir à écouter l’orchestre, même lorsque le patron n’est pas là… Mais ceux-là n’ont pas le droit de monter sur la terrasse… On peut les voir d’ici, en se penchant un peu, tout en bas, au pied de l’immeuble… Ce sont les shégués qui dansent dans la rue et sur le « trottoir », devant l’entrée de l’ancien Vis-à-Vis…

Bon, il se fait tard. Minuit largement passé. Salumu doit rentrer. Evoloko ne viendra plus. On part…

- Evoloko a raté, petite chérie !

- Comment ça, douchka, tu comptais l’habiller de billets de banque ?

On va vers le stade, on tourne à droite, à gauche…

Et on passe devant les « restes » du couloir Madiakoko, tant vanté par Raymond Suke Nzanga ! A présent, il n’y a plus de défilés de mode, en pagne ou en robe, en soutif et en slip, en slip et sans soutif, à poil… Les autorités urbaines ont interdit tout ça ! Les « terrasses » ont été rasées. J’arrive malheureusement quelques années trop tard… On passe aussi

- Sur Oshwe, non ? En face de « Bana Kin », non ? Quel numéro encore ? On le réveille, oui ?

- Arrête de réveiller les gens, douchka !

- Et toi alors, petite chérie, alias « Laissez-moi dormir », alias « Foutez-moi la paix », tu peux parler ! Ça ne t’a jamais gênée de me téléphoner à trois, quatre ou cinq heures du matin, toi ! Est-ce à dire que « La confiance n’exclut pas le contrôle », petite chérie, alias « Sekoutourette de mi amor » ?

devant la maison de Lutele. On dépose Salumu en face de l’entrée du stade et on fonce vers Yoloooo !

D’abord une terrasse au camp Kauka, au croisement Kimwenza et Bongolo. Celle que j’avais répérée le soir même de mon arrivée à Kinshasa. Chez Mirador Canon Kaka. Bondée ! Mais, rapidement, une bagarre

- Attention aux bouteilles ! Déjà payées et pas encore bues ! Attention, attention, attention ! Chacun prend sa bouteille en main ! Il ne faudrait surtout pas qu’elles se cassent…

éclate, des coups pleuvent, des chaises valsent… et des tables se libèrent… On peut à présent

- A l’aise !

étendre les jambes et suivre confortablement

- A l’aisément !

de loin, les « discussions » qui se poursuivent dans la rue… entre supporters de Werrason et de JB Mpiana ?

Ensuite on part à

- A ta demande expresse, petite chérie ! Là-même où tu as donné un coup de boule à un flicard embièré du Service d’Action et de Renseignements Militaire, SARM… tu te rappelles ! Et que même tu lui avais pété le nez et l’arcade sourcillière ! Ah, Nostalgie…Et comme j’étais fier d’être le mari de cette femme-là…

- Et toi, douchka, qu’est-ce que tu faisais pendant ce temps-là ?

- Ben, je regardais, quoi ! J’arbitrais ! Je jouais à la Monuc avant l’heure, je tentais de calmer les esprits en faisant bien attention à ne pas prendre de mauvais coups, quoi !

la recherche de « Tonton Mbaki ». Après avoir traversé plusieurs « lacs » (et c’est sans doute là qu’on a crevé un pneu), on finit par retrouver le bar… fermé… et/ou en ruines…

On termine (il se fait tard, plus beaucoup d’argent, un pneu à changer) la nuit au

Banga-Banga

sur Kapella. Peu de voitures parquées devant la boîte

- Combien la bière, douchla ?…

- Sept cent cinquante francs congolais la primus ou la Skol ! Cent cinquante francs de plus que dans les terrasses et les ngandas !

mais une ambiance très chaude et très animée, BMW… Plusieurs

- Combien la passe, douchka ?

- Mais enfin, petite chérie, ce n’est pas la passe qu’on me propose, c’est le grand amour ! Pour toute la nuit ! Et, si affinités il y a… et qu’au lit ça se passe bien… ce sera pour toute la vie !

- Compte tenu de ton âge, douchka, ces demoiselles ne s’engagent pas à grand-chose ! Et comme tu les choisis de plus en plus jeunes, elles vont vite t’achever, au lit comme tu dis !

- Mais enfin, petite chérie, je ne choisis rien ! Ni personne ! Je suis interpellé seulement ! Hélé, apostrophé, mis en demeure, sommé !

- Et qu’est-ce que Citronnelle, une vieille de vingt-quatre ans, va penser de tout ça, douchka ?

- Mais enfin, petite chérie, je ne me suis jamais présenté aux élections ! Je n’ai jamais été candidat ! Je me retrouve toujours « élu » sans avoir jamais fait acte de candidature… Le Congo, m’a dit Tshibambe, est un pays de « démocratie sorcière », non ?

filles, dont les robes électorales (libres, transparentes et démocratiques), plaquées-collées au corps, m me mme mmm mmooo mooouu moussssss moustiquent tiquent tiquent tiquent. Les Banga Banga Stars ! Elles sont horriblement jeunes !

Retour à la maison.

Boboto ?

Dodo !